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Bacchus-Hercule Le guerrier Esculape Le taureau
LE TRESOR DE NEUVY-EN-SULLIAS

 Les figurines classiques


Alliage cuivreux, coulé, fonte pleine à l'exception du torse en fonte creuse - Epoque gallo-romaine.
Personnage H : 148 mm, hauteur totale : 228 mm, l : 146 mm


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Bacchus enfant? Hercule enfant? MHAO. inv. A6288

     Cette charmante statuette est la plus raffinée des quatre objets de style romain. Elle représente un enfant nu, debout, en appui sur la jambe gauche, la chevelure arrangée en grosses mèches rondes et faisant au sommet deux volutes fait penser à Eros. La tête, légèrement abaissée repose sur un cou réduit et massif. Les lèvres sont charnues, le nez est fin, les paupières sont lourdes. Dans sa main droite, il tient trois fruits (les pommes des Hespérides), tandis que la  gauche est posée sur une massue. Ces deux attributs se rapportent incontestablement à Hercule1.
     Toutefois, le fait que l'enfant soit adossé à une tige carrée encadrée d'un pampre de vigne2 fait penser à Bacchus et on s'attendrait à trouver moins de mollesse dans le trait pour un Hercule, même enfant.
     Cependant, il n'est pas rare, à l'époque du Haut-Empire, de voir des éléments empruntés à des divinités différentes pour en faire une nouvelle création.
     Un autre point reste sans réponse définitive : la fonction première de l'objet.
Le socle sur lequel est posé l'enfant était destiné à être encastré dans un support qui est perdu, la partie supérieure manque également. Mais il est difficile de savoir quel était cet objet, peut-être un chandelier, une table, une console, un char funéraire3...
     L'objet détaché de son contexte premier a donc changé de fonction, il est devenu par le geste de son donateur, une offrande cultuelle.
L'Hercule enfant de Neuvy a donc sans doute une origine gallo-romaine (Ier ou IIème siècle ap J.-C.) qui reprend un modèle classique à quelques détails près.

1 Hercule ramène les pommes du jardin des Hespérides lors de son huitième travail, la massue est son arme.

2 Certains y voient un rinceau de lierre, mais le lierre peut être aussi associé à Bacchus. Il est vrai que la représentation de ce feuillage sans fruits n'est pas réaliste du point de vue de la botanique.

3 Comme on trouve des appliques comparables sur les chars funéraires, Charles Picard pense que l'objet serait les restes d'un char funéraire dionysiaque.
Texte remanié en 2008

L'abbé DESNOYERS  a signalé une autre figure de Bacchus-Hercule, trouvée à Lailly (Loiret), en 1867, mais elle est assez différente de celle-ci : le dieu est couronné de feuilles de lierre, il porte une barbe épaisse, sa main tient un canthare à deux anses. Dans sa main droite est une massue, sur son bras gauche la peau de lion. Elle mesure 95mm.
 La statuette peut être rapprochée aussi de celle qui orne  une  applique trouvée en  1949 à la Bussière-Etable, près Châteauponsac (Haute-Vienne), mais les deux objets semblent fort différents. Celui de  la  Bussière est une  applique cintrée, dont la statuette est  la  plus  petite  partie ; la figurine de  Neuvy est au contraire le principal  élément de l'objet. Et alors que, à la Bussière, on a pu déterminer l'existence d'une tombe à char, nous n'avons ici  rien de semblable.

Mémoire sur les BRONZES ANTIQUES de Neuvy-en-Sullias par P. Mantellier - 1865

(PL VI, a.) Adolescent ou enfant (haut. 142 millim.), debout sur un socle formant terrasse. Nu, la main gauche posée sur une massue, tenant trois fruits dans la main droite, il est adossé à un poteau qui dépasse sa tête de 60 millimètres. Deux branches de feuillages, parlant chacune de l'un des côtés de la base ou terrasse, montent en guirlande et se réunissent au sommet du poteau en formant encadrement à la figurine.
    Le poteau est creux et ajouré dans sa partie postérieure ; au-dedans passait une forte tige de fer dont un reste existe encore. Cette tige, soudée au socle, n'avait pas pour objet de consolider le poteau ; elle le dépassait en hauteur et soutenait un objet placé au-dessus. Par elle le poteau et cet objet supérieur étaient unis et reliés l'un à l'autre.
    D'autre part, le socle sur lequel pose la statuette est formé d'une plaque horizontale, munie par dessous d'une attache en retraite qui servait à l'enchâsser et à la maintenir dans le massif d'une base plus développée ou d'un support dont il est difficile de déterminer la forme.
    De ces indices résulte que le petit monument que nous avons sous les yeux n'est pas entier, ne formait pas à lui seul un tout, mais dépendait d'un  ensemble,  d'un monument plus complet. Soit qu'il en fût un accessoire, servant de pied, de pilastre, soit qu'il en fût au contraire la partie principale, toujours est-il que la partie manquante que le poteau supportait, la force de la tige intérieure le prouve, avait un développement ou un poids relativement considérables.
    Quelle était cette partie supérieure? Un édicule? Un plateau? un lampadaire? Je pose ces questions sans être en mesure de les résoudre; je me borne  signaler comme analogue possible un candélabre de l'ancien Museo Borbonico, formé d'une statuette de Silène debout, du dos de laquelle sort une lige à doubles branches, dont chacune soutient un plateau destiné à recevoir une lampe (1).

(1) Publié par C. 0. Müller, Denkmaler der alten Kunst, n° 504.

    Puis  sans me préoccuper plus longtemps du rôle qui lui appartenait dans un ensemble qu'on ne peut restituer avec certitude, j'arrive à étudier en lui-même ce gracieux monument.
    Il  semble  tout  d'abord  qu'un  enfant  tenant  dans  ses mains une massue et des fruits, qui sont les attributs habituels d'Hercule, ne peut être que le génie de la force ou une représentation d'Hercule enfant.
    Mais après quelques instants d'examen, on est frappé de ne pas rencontrer dans cette figurine les membres nerveux et musculaires qui devraient être ceux d'une statue d'Hercule. La mollesse des formes, la pesanteur des chairs, l'arrangement prétentieux de la  chevelure, indiqueraient de préférence une image de Bacchus.
    Caylus, dans le siècle dernier, a publié une figurine antique trouvée près d'Autun, figurine d'enfant assis, tenant, comme le nôtre, la massue d'une main, trois fruits de l'autre ; il n'a pas hésite à voir dans cet enfant une représentation de Bacchus.
    Caylus s'est fondé sur ce que, dans la comédie des Grenouilles, Aristophane faisant descendre Bacchus aux enfers, lui donne la massue d'Hercule et la peau du lion (1).
Il aurait pu s'appuyer  avec une autorité égale sur les monuments assez nombreux qui montrent non seulement Bacchus, mais des satyres (2), des centaures (3), les compagnons de Méléagre (4), des faunes, Pan, Priape (5), Cupidon (6), armés de la massue. Priape en avait reçu le nom de "porte massue" (7).
    Sur des vases à couverte rouge, trouvés les uns à Paris, d'autres dans la vallée de la Loire, à  Briare, des tritons sont représentés armés de la massue (8).

(1) Rec.. d'antiq., t. III, p. 159, pl. XLI. 
(2) Bas-relief du monument de  Lysicrate,  CREUZER  et GUIGNIAULT, Les Religions de l'antiquité, pl. 110 bis n° 446.
(3) Sarcophage de Meinorius, musée de Marseille.—MILLIN, Voyage dans le midi de l a
France,
III, p. 151, pi. LVI, n° 2.
(4) Sarcophage de Lyon, MILLIN, 1, p. 535, pl. XVI, n° 1.
(5)  MONTFAUCON, L'Antiquité expliquée, t.  II, p.  268, pl. CLXXIV ; p. 271, pl. CLXXVI.
(6) CAYLUS, V, p. 191, pi. LXXVII, n° 3; — C. 0.  MULLER,  Denkmaler der alten Kunst, n°  636; — PLANUDE, Anth., 215 ; — Statues du Louvre.
(7) MONTFAUCON, t. II, p. 210, pl. CLXXX.
(8) GRIVAUD DE LA VINCELLE, Antiq. gauloises et romaines recueillies dans le jardin du palais du Sénat, pl. XII, 2; — JOLLOIS, Antiq. du départ, du Loiret, pl. xv, I.

    Ces rapprochements montrent que la massue n'était pas un attribut d’autres divinités, de Bacchus particulièrement, et ils conduisent à admettre qu’une figurine d'un Bacchus gaulois, des pommes, qui donnent le cidre, doivent avoir la même valeur, la même signification que des grappes de raisin?
    Cette interprétation fournirait appui à l'opinion de Caylus. Je crois néanmoins qu'elle est aventurée, et j'hésite à l'adopter pour la figurine de Neuvy ; je préfère me tenir aux apparences, ne reconnaître dans celte image d'enfant ni un Hercule, ni un Bacchus, mais un génie portant les attributs d'Hercule. Dans la guirlande de feuillage qui l'entoure, je veux également ne voir qu'un accessoire d'ornementation dépourvu de caractère symbolique.
    Il  serait difficile, en effet, de tirer argument de celle branche de feuillage, qui n'a rien de déterminé. Les partisans de l'opinion que la figurine représente Bacchus pourraient voir en elle une branche de lierre, les partisans de l'opinion contraire une branche de peuplier. Le lierre, chacun le sait, étai consacré à Bacchus ; la branche de peuplier est un attribut qui accompagne quelquefois la figure d'Hercule (1).
    Cette figurine est une œuvre contemporaine du monument équestre consacré à Rudiobus, un produit du même art, une œuvre dans laquelle on ne retrouve ni la pureté d'un travail grec, ni la rectitude d'un travail romain. Certaine pesanteur, certaine mollesse dans les contours que j'ai signalées déjà, quelque chose d'inachevé dans les détails, l'arrangement de la chevelure, révèlent une origine gauloise. La chevelure a beaucoup de rapports avec celle d'une figurine d'enfant nu, dansant, trouvée à Péquigny, que Grivaud de la Vincelle a publiée (2).

(1) Voir notamment, au musée du Louvre,  une statue d'Hercule tenant dans la main posée sur la massue un rameau de peuplier contourné en forme de couronne.
(2) T. II, p. 14, pl. I, n° 6

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