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LE TRESOR DE NEUVY-EN-SULLIAS

La trompette MHAO. inv. A.6306

Suite : Vienne-en-Val

     En plus des statues de bronze, il a été trouvé divers objets dans la cachette de Neuvy-en-Sullias. Parmi ces objets, figure une pièce rare : une trompette formée de cylindres de bronze battu décorés de cercles et d'ornements gravés, emboîtés au moyen de tubes en bronze fondu. La première section, qui porte l'embouchure, est décorée de sortes d'arcatures. Le pavillon manque. La présence de cet instrument de musique donnerait de la vraisemblance à l'hypothèse envisageant que des processions étaient organisées pour produire la statue du cheval dédié au dieu Rudiobus. La trompette, placée en tête du cortège, devait annoncer son passage. Il pourrait s'agir aussi d'un instrument animant le carnaval gaulois.
Cet objet est fort rare, du moins dans un état presque complet (il manque le pavillon). Un autre se trouve au Musée de Saumur.

Date de rédaction  : 2001 .


Trompette de Neuvy-en-Sullias - Alliage cuivreux, métal battu et coulé
 Longueur : 1 m 52 à sa découverte ; poids : 851 g - Ier ou IIème siècle ap JC.


Trompette de St-Just-sur-Dive


Trompette de Neuvy-en-Sullias

 
Embouchure de Neuvy-en-Sullias (Planche Mantellier)


Embouchure de Neuvy-en-Sullias


Embouchure de Sceaux-du-Gâtinaisq


Embouchure de St-Just-sur-Dive

Ce que nous apprend l'étude scientifique (2003-2006)

     C'est sans aucun doute sur la trompette que l'étude scientifique a été la plus spectaculaire et la plus fructueuse. Jusqu'ici, aucune étude vraiment approfondie ne s'était intéressée à cet instrument de musique assez mystérieux. On sait par la littérature gréco-romaine que les Celtes terrifiaient leurs ennemis sur les champs de bataille avec les sonorités de leurs trompettes guerrières.     
     Cependant, les trompettes gauloises connues étaient courbes (cornua) et non droites comme celle de Neuvy ou la trompe était verticale (le carnyx). La trompe droite fut introduite en Gaule par les Romains, ils l'utilisaient déjà dans les armées de César sous le nom de "tuba" (tuyau).
     A part la trompette de Neuvy, il en existe une seule autre du même type (droite), celle de St-Just-sur-Dive (Maine-et-Loire) découverte dès 1823, mais Mantellier l'ignorait.
     Les Romains parlaient de "trompettes de bronze" mais cette appellation est sans doute erronée faute d'avoir étudié le métal en détail. Les analyses montrent que la trompette de Neuvy et celle de St-Just sont fabriquées à partir de différents alliages à base de cuivre.
     La trompe de Neuvy a pour caractéristique d'être démontable, elle est constituée d'éléments emboîtés avec une alternance de parties moulées striées (quatre bagues ou fourreaux) et de parties en tôle martelée (six tubes lisses en laiton). L'alternance des morceaux, du fait de leur fabrication différente, produit un jeu de couleurs qui n'a sans doute rien du hasard.
     La trompe a été trouvée dans le trésor démontée (et non brisée comme parfois certaines offrandes dans les dépôts). Cette trompe a été remontée au moment de son moulage en 1866 mais malheureusement les morceaux ont été emboîtés de force de manière arbitraire et aujourd'hui on ne peut plus la démonter. Les radiographies de la trompe ont permis de retrouver l'ordre de montage originel de la trompe, la technique d'assemblage à l'aide de manchons et de constater que les six tubes lisses ne sont pas droits mais tronçonniques : la section de la petite extrémité d'un tube correspond exactement à la grande extrémité du tube suivant (l'assemblage se fait donc bord à bord). Les quatre fourreaux permettent l'assemblage de la trompette, ce qui rend cet objet, encombrant par sa longueur, démontable et donc facilement transportable. Cette découverte sur l'assemblage a eu pour conséquence d'augmenter la longueur de la trompette, aujourd'hui, elle mesure 152 cm, à l'origine elle devait mesurer 177 cm sans le pavillon disparu (190 cm environ avec le pavillon).
     Sur les techniques de fabrication des trompes antiques, on possède peu de choses, aucun atelier de fabricant de tubarius n'a été découvert dans l'empire romain. On sait cependant que traditionnellement les trompes antiques étaient fabriquées dans une feuille de métal martelé enroulée autour d'un mandrin (âme en fer) afin qu'elle prenne une forme conique pour faire un tuyau. L'étanchéité des deux tuyaux bord à bord devait être assurée par une petite bande en métal ou en cuir. Le façonnage du pavillon devait être exécuté selon la même technique du martelage. Les analyses montrent que les parties martelées (tubes, pavillon) étaient fabriquées en alliages cuivreux car le plomb aurait provoqué des fissures.
     Les fourreaux et tout le système d'embouchure étaient, eux, fabriqués selon la technique de la
fonte à la cire perdue. Ces pièces coulées contiennent du plomb car il facilite la fonte et la reprise à froid du décor.
     L'étude de l'embouchure de la trompette de Neuvy montre qu'elle est courte et possède une cuvette (partie en creux) de petite taille. Avec ce type d'embouchure on doit obtenir des sons aigus et éclatants ce que confirment les textes antiques qui parlent de sons stridents, de "clameur", de "fracas" pour décrire le son de la trompette.
     La trompette pouvait être utilisée dans plusieurs domaines : la vie militaire (appels, transmission d'ordres et effet d'entraînement sur le champ de bataille, rythme du camp...), la vie religieuse (sacrifices, funérailles, processions...), la vie civique (appel des assemblées à siéger, informations diverses...), les jeux du cirque, les combats de gladiateurs dans l'amphithéâtre.
     Tout comme les autres objets du trésor de Neuvy, il n'est pas facile de savoir quelle était l'utilisation précise de la trompette de Neuvy et pourquoi elle a été jointe aux autres objets du dépôt. Elle pourrait avoir été déposée en tant qu'offrande car elle était hors d'usage. Un vétéran aurait pu aussi l'offrir en ex-voto au dieu Rudiobus assimilé à Mars. Peut-être appartenait-elle au fanum et était-elle utilisée pour les cérémonies du culte du fanum. A Rome, les liens entre l'instrument et le religieux est attesté : le rite de lustration des trompettes sacrées avait lieu deux fois par an sous l'autorité du dieu Mars. La trompette de Neuvy pourrait être en rapport avec le cheval et utilisée lors des processions..
     L'examen de la trompette en lumière rasante a permis de déceler une inscription qui n'avait jamais été remarquée. L'inscription se trouve sur la bordure du plus petit des fourreaux situé à l'origine au contact du pavillon. Le texte a été tracé en pointillés à l'aide d'un poinçon (technique typique des inscriptions pour les ex-voto en métal). Le relevé de l'inscription n'est pas aisé, la restitution proposée est : ASBSI<OSSI : IDOT. Le signe < est employé dans l'épigraphie pour désigner une centurie (division de l'armée romaine). On ne peut pas exclure que ce signe puisse être aussi une façon simplifiée de noter la lettre "C". Provisoirement on pourrait traduire l'inscription par " A[ulus] Sb[e]si[us] c[enturia] Ossi...ot (le dernier mot est trop incertain pour être traduit).
     La fonction de la trompette reste incertaine, soit la trompette appartenait au mobilier du fanum et servait au culte du dieu Rudiobus, soit la trompette a été déposée en offrande pour le dieu Rudiobus par un musicien, militaire ou autre.
     Parallèlement à l'étude scientifique, il a été procédé à la fabrication, selon les techniques antiques, d'une trompette identique à celle de Neuvy. Ainsi on a pu retrouver la trompette de Neuvy telle qu'elle était à l'origine et lors de l'inauguration de l'exposition, ce fut un moment émouvant d'entendre le son ressuscité de la trompette antique.

Pour avoir tous les détails se la reconstitution de la trompette et l'entendre sonner :
http://espaceclaire.free.fr/chevaldanse.php3l

La trompette de Saint-Just-sur-Dive (actuellement au musée de Saumur) : une trompette tout à fait semblable à celle de Neuvy.
- Même conception (section conique)
- Même technique de fabrication : les deux trompettes sont démontables et les morceaux alternent entre pièces en métal battu et en bronze coulé avec le même décor sur les fourreaux
- La longueur est quasiment identique à l'origine (entre 175 et 190 cm)
- Même type d'embouchure amovible et même décor soigné sur le porte-embouchure - Voir les photos en haut de page. (l'embouchure a été collée lors de la restauration du XIXème sur la trompette de Neuvy)
- Les deux trompettes appartiennent au mobilier en bronze d'un sanctuaire gallo-romain
Malheureusement, les deux trompes ont un autre point commun : les restaurations du XIXème siècle les ont dénaturées et mutilées.

A Sceaux-du-Gâtinais, on a retrouvé par hasard, dans une fosse du même type que celle de Neuvy (recouverte de tuiles) une branche d'embouchure en bronze coulé de 20,6 cm de long qui est décorée des mêmes cannelures que celles de Saint-Just-sur-Dive et de Neuvy. La ressemblance est telle avec celle de St-Just qu'on peut se demander si les deux instruments n'ont pas été fabriqués dans le même atelier. Ces trois découvertes confirment la pratique de dépôts de trompes ou d'éléments de trompe dans les sanctuaires gallo-romains de notre région. Le fait d'avoir trouvé d'autres instruments dans d'autres dépôts concourt à renforcer la place du sonore dans les sanctuaires de Gaule.
Date de rédaction  : 2008

Mémoire P. Mantellier. 1865.

   22. (PI. XIII.) Trompette de bronze (Long, 1m 440), formée de plusieurs sections en bronze battu, s'emboîtant les unes dans les autres au moyen de fourreaux en bronze fondu; la première section en bronze fondu artistiquement buriné; embouchure en bronze tourné, mobile, pavillon rongé et en partie détruit. Diamètre du tube : dans l'embouchure, 2 millim. ; sous l'embouchure, 10 millim.;  au milieu, 18 millim. ; à la naissance du pavillon, 58 millim.
Je ne puis donner le diamètre de l’orifice du pavillon, qui manque.
Cet instrument, devait produire les sons aigus et stridents de la trompette guerrière ; c'est l'opinion exprimée par des luthiers à qui je l'ai soumis. Sa forme et ses dimensions sont celles d'une tuba tyrrhénienne publiée dans le Muséum etruscum Gregorianum (1).
Le goût et la perfection des ciselures dénotent un travail de haute époque.      
                     

LE TRESOR DE NEUVY-EN-SULLIAS

La trompette

Suite : Vienne-en-Val


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