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LE TRESOR DE NEUVY-EN-SULLIAS

Le cheval - Page III/III

Suite : les sangliers  

La tête du cheval est particulièrement soignée : le frémissement des naseaux témoigne du savoir-faire des bronziers gaulois, le cheval est impétueux mais la position et la présence de la bride suggèrent la maîtrise de l'instinct de l'animal par la raison. C'est sans doute le dieu Mars, invisible, qui tire sur la bride du cheval et lui fait redresser l'encolure. En effet, le cheval n'a pas de selle et n'a sans doute jamais eu de cavalier. Les paupières et les arcades sont proéminentes tandis que les oreilles, figurées par des cylindres ouverts, sont petites et inclinées vers l'arrière. L'encolure, large et puissante, est marquée de sillons latéraux qui stylisent les plis du cou provoqués par la légère inclinaison de la tête. La crinière courte et ondulée est un élément rapporté, elle est amovible et tient en place par son propre poids, elle est liée sur le sommet du front par un toupet (crins entre les oreilles) à trois pointes.

 

La queue, peu gracieuse, a été refaite avant l'enfouissement. Le cheval est en bronze coulé, mais la bride est en bronze filé. Toutefois, à l'origine, le bronze était travaillé de façon à ce qu'il prenne l'aspect de l'or, l'enfouissement a fait disparaître cet état de la surface. Le socle (16 kg) est formé de feuilles de bronze fixées sur une armature en bois ; trois broches de fer étaient soudées au plomb sous les trois sabots du cheval et pénétraient dans la masse du socle.
 Le cheval a donc une facture typiquement gauloise dans sa conception.

             

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Date de rédaction  : 2001

Ce que nous apprend l'étude scientifique (2003-2006)

     Nous savons maintenant que la tête a été coulée en 5 pièces (la tête proprement dite, les deux oreille, la mâchoire inférieure, le toupet) tandis que le tronc est d'une seule pièce. La queue est engagée dans le corps du cheval au moyen d'un tenon et une soudure maintient l'ensemble. L'extrémité de la queue a été brisée lors de la découverte, elle fut immédiatement restaurée. Sa rectitude n'est pas naturelle, les poils sont représentés par des stries qui étaient figurées dans la cire puis reprises ensuite au ciseau.

     Il a été aussi constaté que primitivement la crinière avait été conçue autrement, taillée court avec une petite touffe de crin laissée longue sur le garrot. On a remplacé ce modèle initial (de type grec) par le modèle que nous voyons aujourd'hui qui est de type romain : des mèches retombant des deux côtés de l'encolure. Il est intéressant de noter que la substitution s'est faite sur le modèle en cire 1, avant la coulée définitive, les commanditaires ont donc préféré le modèle romain en vogue (témoignage de romanisation).

1 cette constatation permet de dire que dans un premier temps le cheval a été entièrement monté en cire avant d'être découpé en sections coulées séparément. Cela amène à prouver que des modèles de statues circulaient durant l'Antiquité. Le cheval de Neuvy aurait donc été façonné à partir d'un modèle déjà existant dont il a été tiré un moule démontable, si non, le sculpteur n'aurait pas eu a modifier la crinière (le moule démontable original du modèle a pu être aussi utilisé directement s'il était disponible).

     L'impression d'ensemble de "lourdeur" est une caractéristique des chevaux de la période gallo-romaine et certaines maladresses pourraient être voulues pour un effet perspectif. La puissance de l'encolure, la réduction des proportions du poitrail, la petitesse de la tête laissent à penser que le cheval a été conçu pour être présenté en hauteur (suspendu par des chaînes aux anneaux du socle). Ainsi, le nombre exagéré de dents (11 à la mâchoire inférieure et 12 à la mâchoire supérieure au lieu de 8) pourrait être volontaire afin de bien les mettre en évidence de loin. Dans cette hypothèse, il faut repenser la qualité de ciselure des crins de la crinière et de la queue qui auraient été conçus pour ne pas être vus de près.

      En dehors des quelques défauts constatés : thorax qui manque de profondeur au niveau du poitrail, rectitude et manque de volume de la queue, nombre de dents, l'étude scientifique a posé la question : le cheval de Neuvy-en-Sullias est-il représentatif des chevaux de l'époque ? La réponse est malaisée compte tenu du fait que la fabrication du cheval de Neuvy se situe à une époque de profondes modifications au niveau de l'élevage : les animaux deviennent plus grands. Au début de la période romaine, les petits chevaux (1m20 - 1m30) du début de l'âge du fer deviennent  brusquement plus grands (1m50 environ contre 1m70 aujourd'hui). La position du cheval de Neuvy ne facilite pas non plus le travail. Après comparaison avec des squelettes et des statues de l'époque, il apparaît que le cheval de Neuvy est plus grand et plus robuste que les chevaux de l'époque, les analogies sont plus proches avec les chevaux de trait que les chevaux de selle. Le cheval de Neuvy par son aspect assez massif représente donc une forme nouvelle dans l'élevage de l'époque.
Date de rédaction  : 2008

Le cheval selon P. Mantellier (1865)

Mémoire sur les BRONZES ANTIQUES de Neuvy-en-Sullias (P. Mantellier)

    N° 4 (PI. II et III). Cheval en bronze coulé, intact, sauf une brisure de l’extrémité de la queue, le morceau détaché ayant, été du reste retrouvé. Hauteur, au garrot : 65 centimètres ; poids: 54 kilogrammes ; il n’est pas ferré ; le pied de devant, du côté du montoir, relevé ; crinière mobile adhérente au col par son seul poids, sans crochets ni échancrure. Au moment de la découverte, l’animal posait par ses trois autres pieds sur une plaque de bronze rectangulaire de 83 centimètres de longueur sur 36 de largeur (PI. IV, fig. A). 

Cette plaque avait certainement formé la surface ou le revêtement supérieur d'un socle dont la masse en bois avait été détruite par le temps et l'humidité. Elle est percée de trois ouvertures correspondant aux trois pieds posés du cheval  ; ouvertures ménagées pour l'introduction de broches de fer qui, partant de chacun des trois pieds, pénétraient dans la masse du socle.

     Ces trois broches, solidement scellées au plomb dans le creux de chaque sabot, subsistaient en partie, au moment de la découverte et tenaient encore à la plaque de bronze en la traversant par les trois ouvertures (PI. IV). Mais le madrier dans lequel elles avaient été originairement fichées n'existant plus, elles portaient inégalement sur le sol. Par suite, le cheval, manquant  d'équilibre, n'était maintenu debout que par la pression des terres qui l'enveloppaient ; lorsqu'il en eut été dégagé, il fallut l'appuyer à un corps solide, à un mur. C'est dans cette position que je l'avais trouvé lors de mon premier voyage à Neuvy.
    A l'un des angles de la plaque se voyait une boucle en bronze, retenue par un tenon de fer que la rouille n'avait pas encore complètement rongé. A chacun des trois autres angles existait une ouverture qui avait servi pour l'introduction d'un tenon semblable. Trois boucles de bronze isolées, ayant perdu leurs tenons, mais identiques à celle qui demeurait adhérente à la plaque, étaient au nombre des pièces de la trouvaille.
    En faisaient également partie quatre plaques de bronze de même épaisseur que celle que je viens de décrire, rectangulaires comme elle, mais de dimensions beaucoup plus petites.
    Deux de ces quatre plaques ont en longueur 0,830 sur 0,105 de largeur ; les deux autres ont en largeur 0,360 sur 0,105 de largeur ; dimensions qui m'indiquaient un rapport  avec la  plaque déjà décrite  sur laquelle posait le cheval. Je les rapprochai, et il me fut facile de reconnaître qu'elles  appartenaient  à un même ensemble, que les quatre petites plaques avaient servi de revêtement vertical au madrier corps du socle, dont la grande plaque  formait le  revêtement  horizontal. Ces plaques juxtaposées  s'adaptaient les  unes  aux  autres avec une précision mathématique. Il est à remarquer, toutefois, la netteté de leurs arêtes le démontre, que les plaques verticales n'étaient pas unies à la plaque horizontale  ni  rattachées  entre  elles  par  des  soudures, mais qu'elles  étaient  seulement  juxtaposées et fixées  sur le madrier à l'aide de clous ; on voit les trous qui avaient été pratiqués pour le passage de ces clous.
    J'ajoute que les plaques verticales se terminaient à leur extrémité inférieure par une doucine, dont la moulure saillante servait de hase au socle et ajoutait à son assiette.
    L'une de ces dernières plaques, celle qui recouvrait la face  antérieure  du  socle,  porte l'inscription que j'ai signalée plus haut.
    Je reviendrai à cette inscription. Je me contente en ce moment d'en donner la première ligne, qui est ainsi conçue :

AUG. RUDIOBO. SACRU
    On s'accorde a reconnaître dans le mot Rudiobo le nom d'une divinité locale, à laquelle avait été consacré le cheval posé sur le socle, dont l'inscription meublait la face antérieure.
    Ces constatations faites, et en me conformant aux indications qui en ressortent, j'ai rétabli un socle, ou plutôt j'ai  recomposé le socle ancien, sur lequel j'ai replacé le cheval.
    En ma présence j'ai fait extraire des trois sabots creux les restes de broches oxydées qui s'y trouvaient soudés, plusieurs coins de fer qui les serraient et le métal qui avait servi pour la soudure. Ce métal pesant 2,452 grammes, soit pour chaque sabot 817 grammes, a donné à l'analyse du plomb pur de tout mélange d'argent, de cuivre ou d'étain. Le fer, parfaitement sain dans la partie engagée au milieu du plomb, est un fer très-doux.
    Trois broches de fer neuf, scellées de la même manière ont remplacé les anciennes et sont venues, en passant par les trous ménagés dans la plaque horizontale, se fixer au cœur d'un madrier de chêne formant socle. Les faces de ce madrier ont été ensuite revêtues des petites plaques fixées verticalement à l'aide de crochets. Les quatre anneaux de bronze ont été replacés aux angles: celui qui conservait son tenon de fer oxydé maintenu par ce tenon,les trois autres par des tenons de fer neuf.
    Ces quatre anneaux n'étaient pas les seuls anneaux de la trouvaille : quatre autres anneaux de bronze, munis de leurs tenons, l'un de fer, les trois autres de bronze, en faisaient, partie, ceux-ci beaucoup plus gros et plus forts que les anneaux du socle. Ils ont de diamètre 117 millim., d'ouverture 74, tandis que ceux du socle n'ont diamètre que 84 millim., d'ouverture que 58. Ils se distinguent par une autre différence.

   A l'intérieur de chacun des petits anneaux, on voit deux dépressions opposées qui sont à mes yeux le signe et le résultat d'une fatigue et d'un frottement; J'en ai conclu que le monument était suspendu à l'aide de chaînes s'accrochant aux anneaux de son socle, suspension oscillante d'un fardeau considérable qui a pu, qui a dû produire à la longue les dépressions qui existent  à  l'intérieur des anneaux, d'un côté par le frottement du tenon de fer fiché dans le socle, de l'autre par le frottement du crochet de la chaîne.
    Les gros anneaux ne présentent aucune dépression de ce genre, d'où l'on doit tirer la conséquence que la fatigue qu'ils avaient à subir n'était pas continue et ne se produisait pas dans des conditions analogues à celles de la fatigue que subissaient les petits anneaux. Si, de plus, on considère que ces anneaux ont une ouverture suffisante pour laisser passer un bâton de brancard, on sera conduit à reconnaître qu'ils étaient fixés à une planche formant socle inférieur ou soubassement, sur laquelle, à certains jours, le cheval, détaché de ses chaînes de suspension, était déposé pour être promené en pompe. Alors les porteurs passaient leurs bâtons dans les anneaux; mais ceci n'arrivait qu'à de rares époques. La pression étant d'ailleurs produite par un corps plus tendre que le bronze de l'anneau, et d'un volume qui  remplissait l'ouverture, on  conçoit qu'elle n'ait laissé aucune trace.

    Quelque plausible que cette supposition me paraisse, je n'ai pas cru devoir sceller les gros anneaux sur un plateau ou socle, inférieur à celui du cheval; je me suis contenté de les déposer sur le parquet de la vitrine.

    Une bride  à peu près complète s'est rencontrée parmi les pièces de la trouvaille, bride composée de chaînettes et de lanières aboutissant à ,un double mors, dont une traverse en bronze subsiste, dont l'autre, qui pouvait être en bois, n'existe plus, le tout s'adaptant exactement à la bouche et à l'encolure du cheval. A été trouvé de plus un débris de lanière en bronze, incrusté d'une plaque d'argent de la dimension d'une pièce de cinquante centimes, fragment qui paraît avoir fait partie de la tôlière qui manque. Un autre fragment, portant de même une incrustation d'argent, avait été recueilli d'abord ; mais il avait disparu dès avant mon arrivée à Neuvy. Cette bride a été mise à sa place.

J'ai dit plus haut que l'extrémité de la queue du cheval est  cassée;  celle cassure, dont le vif est recouvert de la même patine que les parties intactes, n'est pas du  fait des ouvriers inventeurs : elle remonte évidemment à l'époque de l'enfouissement. Les deux parties séparées ont été réunies à l'aide d'un support vissé en dessous, qui les tient juxtaposées.

    Le cheval avec sa crinière et sa bride, le plomb de soudure de fer retirées des sabots, les plaques du socle et les huit anneaux donnent un poids total de70 kil. 6 décig.
    Le cheval de Neuvy était-il monté?

Au moment où il a été trouvé, non. Les indications détaillées que j'ai données à dessein sur les circonstances de la découverte ne permettent à cet égard aucun doute.

L'était-il avant son enfouissement?

    Aucune trace, aucun signe d'attache n'apparaissent sur la croupe, aux flancs, ni sous le ventre. Il est à remarquer, de plus, que dans toute la longueur du col, qui est couverte et cachée par la crinière mobile, une ouverture a été ménagée dans le métal, soit par économie, soit pour diminuer le poids du monument, soit pour faciliter l'opération de la fonte. Il semble que, dans la partie de la croupe du cheval que le cavalier aurait recouverte, un pareil vide aurait dû être ménagé, genre d'ouverture ou de vide qui du reste était d'usage ; on le rencontre dans plusieurs monuments équestres (1).

 (1) Voir notamment la figurine équestre de la déesse Epona, au cabinet des antiques de la Bibiothèque impériale.

   De ceci résulte une présomption très forte, sinon la démonstration que le cheval de Neuvy n'était pas monté. Je penche vers cette opinion ; mais ce n'est pas sans de grandes hésitations, et je ne peux passer sous silence les arguments sur lesquels pourrait s'appuyer l'opinion contraire.

   L'allure est celle du cheval monté ; le mouvement de la jambe relevée; la régularité de la direction que l'animal semble recevoir et suivre, la pose de la tête qui est ramenée en arrière, la cambrure du col, les lèvres disjointes par le mors, les naseaux ouverts, l'œil rétif, dénotent la présence, l'action du cavalier, et de la part de l'animal une certaine résistance à cette action. Rien de semblable ne se rencontre chez le cheval en liberté.

   Indépendamment de ces indices, la bride et une touffe de crins enlacés dans cordon qui forme panache au sommet de la tête, tendraient à démontrer qu'il s'agit ici non seulement d'un cheval monté, mais d'un cheval de parade.

   A ces raisons déduites de l'état matériel du monument viennent s'ajouter des raisons d'un autre ordre ; elles sont fournies par le  texte de l'inscription. Le mots : AVG. RVDIOBO. SACRVM seront-ils d'une explication facile si l'objet consacré auquel ils s'appliquent n'est qu'un cheval ?

   Un guerrier, dira-t-on, un vainqueur dans les jeux, comme Cynisca aux jeux d'Olympie (1), un dompteur de chevaux, a pu dédier un cheval au dieu Rudiobus. Les temples, dans  l'antiquité, regorgeaient d'offrandes  de toutes sortes, d'épées, de boucliers, de meubles, d'images, d'animaux autant que d'images d'hommes. Au temps de Pausanias, des chevaux en grand nombre se rencontraient parmi les auaqmata (offrandes religieuses) des temples de la Grèce ; un cheval d'argent figure dans les inventaires du mobilier sacré du Parthénon qui étaient dressés de panathénées en panathénées (2).

(1) PAUSANIAS, V. XII, 5.
(2) RANGABÉ, Inscr.  helléniques, 90 à 111, notamment 106 à 111.

   Il n'y a pas  à contester  qu'en  Gaule  comme  en Grèce, un cheval ait pu être dédié à une divinité, au dieu Rudiobus, en témoignage de reconnaissance,  en signe de piété, mais à la condition que ce monument sera de la nature des offrandes, qu'il n'acquerra pas l'importance et ne sera pas de la nature des objets adorés, divinisés.
    Les proportions, la valeur intrinsèque et artistique du monument équestre de Neuvy, les huit anneaux montrant, les uns qu'il était suspendu dans un sanctuaire, les autres qu'il figurait dans les pompes, ne sont-ils pas autant d'indications du rang supérieur, du rôle élevé qui lui étaient attribués, et à ces signes d'un culte, d'une vénération directe, ne faut-il pas reconnaître qu'un tel monument était quelque chose de plus qu'une simple offrande, et par suite admettre qu'il était un objet divinisé, une idole, l'image d'un dieu consacrée dans le temple de Rudiobus, sinon l'image même du dieu Rudiobus?

   Or, celte hypothèse acceptée, admettra-t-on que l'image d'un cheval ait eu dans un temple gallo-romain le caractère d'idole, d'image divinisée, y soit devenu l'objet d'une adoration et d'un culte?

   Les figures d'animaux tiennent une grande place dans le symbolisme des Gaule : le verrat, le sanglier, le taureau, le cheval, qu'on retrouve sur les monnaies de la plupart des peuples gaulois, particulièrement sur les monnaies des Bituriges ; des oiseaux, certains arbres, certaines plantes, étaient des emblèmes nationaux et religieux. Ils devenaient des types de monnaies, des enseignes militaires ; on les portait dans les batailles ; on les suspendait dans les temples ; on vénérait, on adorait en eux une espèce bienfaisante, une source de richesse agricole ou forestière, de prospérité publique, mais non des divinités individuelles.
C'étaient des emblèmes sacrés ; ce n'étaient pas des idoles. Dans l'iconographie gauloise, les dieux nommés, les dieux personnels, si l'on excepte le taureau a trois cornes, le sanglier à trois cornes (1) et le tarvos trigaranus du bas-relief découvert à Paris en 1711 (2), ne se rencontrent que sous la forme humaine.

 (1) CAYLUS, Rech. d'antiq., V, p. 306, pl. 108. — CHABOUILLET, camées et pierres grav. de la Bibl. imp., 3, 108.
 (2) D. MARTIN, Relig. des Gaulois, II, p. 71, p. 25.

   On pourrait ajouter que le cheval non seulement n'a jamais été mis au rang des divinités celtiques, mais qu'il est même douteux qu'il ait pris place parmi les animaux symboliques et sacrés de la Gaule. De ce qu'il a fourni le type d'un grand nombre de monnaies, il n'y a pas à tirer argument ; on sait en effet que ce type de provenance étrangère n'est pas un symbole local, mais un emprunt, une imitation dégénérée du type des statères macédoniens (3).

 (3) DE LA SAUSSAYE, Rev. NUM., 1836, t.1, p. 85.

   Dans l'hypothèse à laquelle ces arguments conduisent, hypothèse que le monument consacré à Rudiobus n'était pas un cheval libre, mais un cheval monté, resterait à expliquer pourquoi le cavalier n'a pas été enfoui avec le cheval.

    Les incrustations en argent de la têtière révèlent un luxe, une richesse qui, sur le vêlement du cavalier, devait être plus grande encore que sur le harnachement du cheval.

  Ce cavalier pouvait être en argent ou bien en bronze, et son vêtement en argent, ses yeux incrustés en or, image précieuse à un double point de vue, au point de vue de sa valeur métallique el au point de vue de sa sainteté, du respect superstitieux dont on l'entourait. De celte manière s'expliquerait qu'au moment de l'enfouissement il ait été séparé du cheval et emporté par les fugitifs au lieu d'être par eux confié à une terre qu'ils n'étaient pas certains de revoir.

     Il se peut aussi que la disparition du cavalier remonte à une époque de beaucoup antérieure à l'enfouissement. Entre la date de l'exécution du monument et la date de son dépôt dans la cachette de Neuvy, deux siècles pour le moins s'étaient écoulés ; je l'établirai bientôt. Il serait difficile de  fixer dans ce long intervalle le moment où le cheval et le cavalier ont été séparé ; mais on voit qu'avant d'être caché sous terre, le cheval avait déjà subi des atteintes. Le remplacement de sa queue primitive par une queue plus moderne montre que les circonstances critiques auxquelles on doit attribuer son enfouissement n'étaient pas les premières qu'il eût traversées. Dans la catastrophe où le cheval avait été mutilé, ou dans une autre, le cavalier n'avait-il pas été enlevé, dérobé  ou détruit?

   Je me résume en ces trois points :

   1° Ou le cheval de Neuvy-en-Sullias n'était pas monté, et dans ce cas il n'avait d'autre caractère que celui d'une offrande au dieu Rudiobus désigné dans l'inscription du socle ;
    Ou bien il était monté, et alors le cavalier pouvait être le dieu lui-même.
    On a d'autres exemples de divinités équestres. Dans l'enceinte de l'Altis d'Olympie, sans parler des Dioscures, se voyaient les autels de Neptune, de Junon, de Mars, de Minerve équestres (1). Apollon Hélius, sur les médailles frappées par les empereurs romains  à Thyatis de Lydie, à Eumenia, à Hiéropolis de Phrygie, est représenté à cheval (2).

(1) PAUSANIAS, V, XV, 5 et 6.
(2) MIONNET, t. IV, p. 160, 291, 298, 308 ; suppl., p. 568 et 571.

Un groupe gallo-romain, de bronze, découvert il  y  a  quelques  années  en  Franche-Comté,  groupe  acquis par M. Prosper Dupré, et par lui donné au cabinet des antiques de la Bibliothèque impériale, nous montre la déesse Epona assise sur une cavale. Des figurines de divinités en argile, trouvées dans le département, de l'Allier, représentent de même, l'une une femme assise sur un cheval, d'autres un cavalier armé (1).

(1) TUDOT, collect. de figurines eu argile, pl. 34 et 95

   2° Ce monument, composé soit d'un cheval libre, soit d'une statue équestre et du socle qui la supporte, provient d'un sacellum à la voûte duquel il était suspendu.

   Et ici encore ma proposition s'appuie sur des faits analogues. Du plafond temple d'Hilaïra et de Phœbé, à Sparte, pendait l'œuf dont Léda était accouchée (2).

(2) PAUS., III, XVI, 1.

Dans le temple d'Esculape, à Sicyone, des statues, des images des dieux étaient suspendues a la voûte, l'image, notamment, d'Aristodama, montée sur un dragon (3) ; des sirènes étaient suspendues  à la voûte du  temple d'Apollon, à Delphes (4).

(3) PAUS., II, X? 3.
(4) PiNDAR., ap. PAUS., X, V, 12. — Cf. LENORMANT et de WITTE, Elite des monum. céramograph., t. II, p. 79.

   3° A certains jours, le monument était descendu, posé sur un brancard, et promené en pompe.

    Les auteurs anciens (5) nous ont laissé de nombreux récits de ces pompes, de ces processions ou cortèges religieux dont faisaient partie les prêtres, les magistrats, les hommes, les femmes, les jeunes gens vêtus de blanc et couronnés de fleurs. Dans la pompe triomphale de l'arc de Titus, le dieu Jourdain est porté par des prêtres sur une civière (6) ; aux fêles d'Eleusis, on portait en cortège

(5) PAUSANIAS, II, VII, 8; XXXVI, 5 ; III, XX, 7 ; V, XV, 2; VII, XVIII, 12 ; VIII, XXXIX, 5. — ATHÉNÉE, v, 22, 23.
(6) Ch. 0. MULLER Monum. de l'art, ant.; pl. LXV, n° 345.

  la statue d'Iachus;  dans la  procession  des Dionysiaques figurait  une  idole  de Priape  promenée  sur  un  char ; la  statue  de  Cybèle  était  promenée de  même  sur  un char (1).

   A quel art, à quel temps appartient le cheval de Neuvy?

   Ses proportions (2), sans être absolument irréprochables, ne sont pas non plus défectueuses de tous points. Elles dénotent dans l'ensemble de l'oeuvre le respect et une certaine observation des  lois de la nature; mais dans les détails, ce respect, celte observation des lois de la nature ne se rencontrent pas au même degré. Sur plusieurs points, l'artiste s'en est manifestement, intentionnellement écarté.

(1) HERODOTE, II, .49. — S. AUGUSTIN, De civ. Dei, 1. VII, c. 21.
(2) Hauteur au  garrot : 0,65; au sommet de la tête, houpe comprise: 1,02; à la croupe: 0,65. Distance du poitrail à la naissance de la queue: 0,72; de  la naissance de l'encolure à la naissance de la queue : 0,47.

   Au-dessus du jarret, par exemple, existe une dépression circulaire, espèce de collier concave ; telle serait la trace laissée par l'enlacement d'une ficelle sur une substance molle.

   La couronne présente à chaque pied un bourrelet beaucoup plus saillant que ne l'est le revêtement de poils fins et collants qui, chez le cheval, protégent la naissance de la corne et l'unissent au paturon. La tôle est trop petite. l'arcade sourcilière trop prononcée, les naseaux sont percés trop en arrière de la bouche.

   La crinière mobile, se maintenant sur l'encolure par son seul poids, est fournie, ondoyante, d'un travail riche et large.

   La queue, ajoutée après coup, est au contraire d'un travail grossier, barbare, élémentaire.

   Sur divers points de la surface du corps ou des membres, on remarque de petites pièces rectangulaires encastrées avec habileté pour boucher ou masquer des trous et des soufflures qui s'étaient produits au moment de la fonte.

   A l'une des cuisses existe une soudure qui remonte de même à l'époque de la fonte, et qui semble indiquer qu'à la sortie du moule ce membre s'était séparé du corps.

   Le développement exagéré de l'encolure, la rigidité des flancs, la raideur des jambes, un air de prétention lourde dans l'ensemble et dans les détails de l'œuvre, sont des signes certains qu'elle n'est pas une œuvre italienne, mais une œuvre gauloise.

   Ses rapports avec la jument que monte la déesse Epona, du groupe du cabinet des antiques, sont frappants. C'est la  même pose, pied du  montoir relevé, les trois autres portant sur le sol, la même houpe au sommet de la tête, le même bourrelet de poils à la couronne, la même forme rectangulaire dans les pièces placées après coup pour boucher les trous ou fissures qui s'étaient manifestés pendant l'opération de la fonte.

   Ces deux monuments sont des produits d'une même école, sortent peut-être d'un même atelier, et datent du même temps.

   Temps intermédiaire qui n'est plus la haute époque de l'art, qui n'est pas encore l'époque de la pleine décadence, qu'on doit placer dans la seconde moitié du IIe siècle.

 C'est du reste la date qu'indique la forme des lettres de l'inscription.

LE TRESOR DE NEUVY-EN-SULLIAS

Le cheval - Page III/III

Suite : les sangliers  


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