La momification

LA RELIGION

LA  MOMIFICATION

Plan de cette page :
- Le mot "momie"
- Les 5 phases de la momification
- Les funérailles
-
La momification pour les moins riches
- La momification pour les animaux
Nous avons expliqué dans la partie sur la mort les raisons de la momification : personne ne peut accéder à la vie éternelle si son corps n'est pas conservé. Il s'agit maintenant d'exposer les techniques utilisées pour conserver le corps après la mort, le "momifier".
Le mot "momie" n'est pas le mot employé par les Egyptiens eux-mêmes, il dérive de l'arabe "mumya" qui signifie "bitume" ( Voir la momie de Padiimenipet au Louvre ). Dès le XIème siècle, les médecins arabes récupèrent le baume des momies égyptiennes pour en faire des médicaments très prisés en occident. On a longtemps pensé que les Egyptiens n'avaient utilisé le bitume sur les momies qu'à l'époque gréco-romaine, mais Jacques Connan, Professeur Honoraire à l'Université de Strasbourg (Laboratoire de Biogéochimie Moléculaire) a démontré dans son ouvrage "Le bitume dans l'Antiquité" (Errance 2012) que l’utilisation du bitume sur les momies était très ancienne : au Nouvel Empire, le bitume est présent dès la XIXe dynastie (vers 1300 av. J-C) et il perdurera jusqu’à la fin de la momification, à l’époque romaine. Il n'est pas exclu que le bitume ait été utilisé encore bien plus tôt, à la XVIII° dynastie (vers 1500 av. J-C) c'est plus que probable.
Voir la conclusion d'un  article de Jacques Connan "La momification dans l’Egypte ancienne : le bitume et les autres ingrédients organiques des baumes de momies"


   Avant de pratiquer la momification, les Egyptiens enterraient leurs morts dans des tombes remplies de sable. Ils s'aperçurent très vite que la sécheresse du climat déshydratait les corps qui de ce fait se conservaient naturellement. Mais quand les tombes remplies de sable furent remplacées par les mastabas remplis d'air, les corps se décomposaient. Pour conserver les corps, les Egyptiens décident donc de les déshydrater artificiellement, c'est la momification.
Il faudra sans doute un millénaire pour qu'ils mettent au point la technique de la momification. Au début de l'Ancien Empire (vers 2700 av JC) les premières momies apparaissent mais c'est seulement au Nouvel Empire (vers 1500 av JC) que la technique de la momification est véritablement au point.
On n'a retrouvé aucun texte égyptien traitant précisément de la momification. Le seul texte écrit détaillé de l'époque est celui d'un grec, Hérodote qui fit un voyage en Egypte au Vème siècle av JC. Extrait :

"Tout d'abord à l'aide d'un crochet de fer, ils retirent le cerveau par les narines ; ils en extraient une partie par ce moyen, et le reste en injectant certaines drogues dans le crâne. Puis avec une lame tranchante en pierre d'Ethiopie, ils font une incision le long du flanc, retirent les viscères, nettoient l'abdomen et le purifient avec du vin de palme et, de nouveau, avec des aromates broyés. Ensuite, ils remplissent le ventre de myrrhe pure broyée, de cannelle et de toutes les substances aromatiques qu'ils connaissent, sauf l'encens, et le recousent. Après quoi, ils salent le corps en le couvrant de natron pendant septante jours ; ce temps ne doit pas être dépassé. Les septante jours écoulés, ils lavent le corps et l'enveloppent tout entier de bandes découpées dans un tissu de lin très fin et enduites de la gomme dont les Égyptiens se servent d'ordinaire au lieu de colle. Les parents reprennent ensuite le corps et font faire un sarcophage de bois, taillé à l'image de la forme humaine, dans lequel ils le déposent ; et quand ils ont fermé ce coffre, ils le conservent précieusement dans une chambre funéraire où ils l'installent debout, dressé contre un mur".
Histoire, Livre II, 86.

Le décor du sarcophage de Djedbastétiouefankh évoque aussi certaine opérations de l'embaumement : voir ici.

En s'appuyant sur le texte d'Hérodote et sur les examens des momies, on peut retracer les principales étapes de la momification de première classe au Nouvel Empire :

- La famille du mort fait appel aux embaumeurs et s'entend avec eux sur le type d'embaumement à effectuer. Au début, les embaumeurs étaient rétribués par des dons en nature, ils le seront également en argent à la Basse Epoque. L'embaumement de première classe est réservé aux plus riches car il est très coûteux. Les embaumeurs sont des prêtres, les observations anatomiques ne profiteront donc pas à la médecine. L'embaumement est accompagné de récitations de prières, c'est un acte religieux. Les embaumeurs forment une catégorie hiérarchisée : "le contrôleur des mystères" et le "prêtre lecteur" ont la responsabilité religieuse des opérations. Pour cela, ils ont à leur disposition des livrets où sont consignées les opérations à suivre et les formules magiques à réciter. Chaque phase de l'embaumement est assurée par des spécialistes différents.

- Les embaumeurs transportent en bateau le corps du défunt sur la rive ouest du Nil, lieu de l'embaumement et du domaine des morts (l'occident : là où le soleil "meurt" chaque soir). Voir tombe de Menna.
Les embaumeurs s'installaient au départ dans les cimetières, sous une tente qu'ils déplaçaient de tombe en tombe ou dans une structure légère. Puis quand la momification se démocratise, ces structures provisoires sont remplacées par des constructions permanentes en briques. Les Egyptiens appellent ces lieux d'embaumement la Place pure (Ouabet) ou la Belle Maison (Pernefer). Les lieux d'embaumement sont toujours proches du Nil ou d'un canal d'irrigation car le lavement des corps nécessite une grande quantité d'eau.

- On commence par faire la toilette du mort : il est purifié (voir une scène), lavé, rasé et épilé.

- Les opérations de la momification proprement dite commencent quatre jour après la mort et durent 70 jours, elles comprennent 5 phases :
1. Le cerveau est enlevé à l'aide d'un long crochet introduit dans les narines. Il arrive aussi que le cerveau ne soit pas retiré par le nez mais par l'occiput. Le cerveau n'est pas conservé car pour les Egyptiens c'est le coeur qui est le siège de la pensée et des sentiments. Ensuite on remplit la boîte crânienne de natron* pour dissoudre les restes du cerveau. Le crâne vidé, on le remplit d'un mélange de résines** et d'huiles végétales parfumées. Il faut chauffer ces composants pour les verser dans le crâne où ils se figent. Les prêtres qui effectuent les opérations d'embaumement portent un masque d'Anubis.
*Le natron est une solution de soude naturelle que l'on trouve en grande quantité dans les lacs salés et en bordure du désert.
**Les résines sont extraites des conifères et mélangées à de la cire d'abeille

Coupe verticale d'un crâne momifié où l'on voit les résines employées durant la momification et les tissus de lin qui remplissent la cavité d'où l'on a retiré le cerveau.

Musée de la momie Louxor

Le masque d'Anubis porté par les prêtres embaumeurs
Terre cuite - Basse Epoque - H : 49.5 cm
Musée Römer-Pelizaeus, Hildesheim (Allemagne)

2. Les viscères sont retirés de l'abdomen
Les paraschistes font une incision dans le flanc gauche de  l'abdomen avec un couteau en pierre d'Ethiopie (obsidienne) pour retirer les viscères : les intestins, l'estomac, le foie, les poumons, le coeur. L'abdomen  après avoir été lavé avec du vin de palmier est rempli de myrrhe pure, de cannelle et d'autres parfums. Le coeur, siège de la pensée selon les Egyptiens, est remis en place, après un traitement pour sa conservation, car le défunt en a besoin pour le jugement dernier, si non, il est remplacé par une amulette en forme de scarabée. Les autres viscères, soigneusement enveloppés dans des toiles de lin, sont conservés dans 4 vases canopes* fermés par des bouchons. A l'origine, ces vases avaient une forme humaine, puis à partir de la XVIIIème dynastie, les bouchons qui les ferment sont à l'image des quatre Fils d'Horus, génies protecteurs des viscères. Les quatre vases funéraires sont placés dans un coffre en bois appelé aussi "canope" protégé le plus souvent par une statue d'Anubis couché sur le couvercle. Au Nouvel Empire, les bouchons des vases représentent le défunt lui-même sous des traits idéalisés. On trouve également à cette époque des petits cercueils à l'effigie des quatre fils d'Horus (voir ci-dessous, les canopes de Tchaouenhouy).
A la Basse Epoque, les viscères sont parfois replacés à l'intérieur même du corps après traitement, enveloppés dans du tissu.
*Le mot "canope" semble être dû à une confusion commise par les antiquaires du XIXème siècle. Ils auraient confondu ces urnes funéraires avec un vase gréco-romain figurant Osiris sculpté dans la ville de Canope (delta du Nil). L'erreur révélée, le mot serait cependant resté.

Les quatre Fils d'Horus - Musée de la momie - Louxor.

Amset à tête humaine garde le foie Qebehsenouf le faucon veille sur les intestins Hapi le babouin est responsables des poumons Douamoutef le chacal protège l’estomac
Voir les canopes du Louvre.

Canopes de Tchaouenhouy sous forme de cercueils avec la tête à l'image des quatre fils d'Horus.
Musée du Louvre.

Les quatre vases canopes enfermés dans leur coffre appelé également "canope". Musée du Louvre.

Cercueil à viscères. Entoilé, enduit et doré, incrusté de pierres (la tête) et de verre de couleur. XVIII° dynastie. Musée du Louvre.

Hérodote parle aussi d'une autre méthode plus simple pour vider le corps de ses viscères : le  corps n'est pas ouvert mais reçoit un lavement d'huile de cèdre qui dissout les intestins.

3. Le corps est déshydraté.  Le corps débarrassé de ses éléments putrescibles, il faut maintenant le déshydrater. Pour cela, les taricheutes placent à l'intérieur des linges contenant du natron et des aromates. Tout le corps est aussi recouvert de natron sec pendant 40 jours. La déshydratation est favorisée par la sécheresse du climat, le corps étant exposé au soleil dans une cuve.
La poudre de natron (carbonate de soude) est utilisée à partir du Moyen Empire, auparavant on utilisait le bain de natron (silicate de soude) moins efficace. La poudre de natron qui recouvrait le cadavre pouvait atteindre plusieurs fois le volume du corps.

4. La cavité abdominale est bourrée de tissus. La déshydratation terminée, les prêtres lavent le corps, le frottent avec de la myrrhe*, assouplissent la peau avec des onguents** (huiles et résines), puis, pour lui redonner les formes de la vie, ils bourrent la cavité abdominale de tissus (tampons de lin imprégnés de résine et d'aromates) et parfois de sciure de bois. Puis le corps est recousu.
* La myrrhe : gomme résine aromatique produite par un arbre.
** Les onguents ont pour but de protéger le corps des bactéries et des champignons.

La plaie d'éviscération était une atteinte à l'intégrité du corps. Pour protéger cette blessure qui ne cicatriserait jamais on utilisait une plaque aux vertus prophylactiques. La plaque était le plus souvent en cire mais on en a retrouvé deux en or, celle du roi Psousennès et celle de sa mère Hénouttaouy (photo ci-contre). La plaque était cousue sur les bandelettes (voir les 4 trous aux coins). Au centre, l'oeil oudjat est un symbole de plénitude cosmique et d'intégrité. De chaque côté, se tiennent les 4 fils d'Horus (leur nom est inscrit au-dessus de leur tête). Le texte en dessous identifie la défunte.

Les yeux étaient parfois retirés pour être remplacés par des prothèses. Il arrivait aussi qu'on colore la peau avec de l'ocre rouge pour les hommes et de l'ocre jaune pour les femmes.

5. Le corps est emmailloté dans des bandelettes. La dernière opération qui dure 15 jours est le bandelettage. Là encore, le travail est effectué en prononçant les formules sacrées usuelles. Les embaumeurs enveloppent chaque membre par des bandelettes de lin fin imprégnées de gomme. On commence pas les extrémités des membres. Pour les plus riches, les doigts des mains et des pieds, particulièrement fragiles, sont protégés par des doigtiers en or ou en argent. Durant la pose des bandelettes, on dispose les amulettes* protectrices et magiques à divers endroits du corps définis par le rituel de l'embaumement. L'emmaillotage terminé (il y a souvent 7 couches de bandelettes successives qui peuvent représenter 375 m2 de lin**) le corps est enveloppé dans un  ou plusieurs grands linceuls. Enfin, on dépose un masque funéraire sur la tête de la momie. Ce masque est en papier mâché pour les plus pauvres et en or pour les plus riches, il  prend une forme divinisée avec une physionomie idéalisée sans rapport avec les traits du défunt.
*Les amulettes sont en faïence ou en métal précieux, les scarabées qui favorisent la renaissance du défunt sont indispensables. Les bijoux du mort et les vases à onguents ont la même fonction magique et prophylactique que les amulettes. Toutankhamon était protégé par une centaine d'amulettes.
** On n'utilisait pas toujours du lin neuf, un chant de lamentation dit : "celui qui avait du lin si fin... dort maintenant dans des vêtements d'hier mis au rebut".

Amulette (scarabée) en faïence bleue munie de trous pour être cousue sur le linceul.
Musée de la momie - Louxor. Voir d'autres amulettes et bijoux protecteurs.

La momification elle-même est maintenant terminée, le défunt est prêt à être inhumé 70 jours après sa mort. On s'est cependant aperçu que l'on pouvait aujourd'hui réaliser, avec les même techniques, une momification en 35 jours. Pourquoi un tel décalage? Les Egyptiens avaient une grande vénération pour l'étoile Sirius, c'est elle qui annonçait la crue du Nil. Cette étoile, à cette époque, disparaissait et réapparaissait au bout de 70 jours, ils en déduisirent que, dans le monde céleste, entre la mort et la renaissance le temps était de 70 jours et qu'il fallait appliquer cette durée pour l'embaumement qui permettait au défunt de renaître, de devenir un nouvel Osiris.
La momie est ensuite placée dans un ou plusieurs sarcophages (cercueils en bois peint, d'abord rectangulaire, puis de forme humaine, et parfois en or pour les pharaons) qui s'emboîtent les uns dans les autres. Voir pour Toutankhamon
On n'oublie pas de déposer le Livre des Morts qui contient toutes les formules magiques pour que le défunt triomphe de tous les dangers qui l'attendent dans le monde souterrain d'Osiris. Sa première épreuve sera de passer avec succès le jugement d'Osiris.

La momie dans son sarcophage à forme humaine. Remarquez les amulettes protectrices cousues sur le linceul (notamment le scarabée à la place du coeur).

Musée de Louxor

   

Sarcophage de forme humaine (partie inférieure et couvercle).
Cliquez sur les miniatures pour voir la décoration intérieure du sarcophage (peintures remarquables).
Sarcophage de Padi-Amon, père divin de Amon-Rê, XXIème dynastie - Deir el-Bahari - Musée de la momie Louxor.

Partie supérieure de sarcophage (couvercle) : exemple de décoration symbolique.
Sarcophage de Maséharti, grand prêtre d'Amon Rê et général de l'armée. XXIème dynastie - Deir el-Bahari - Musée de la momie Louxor.

Cliquez sur la photo pour agrandissement et accéder à la description
 

En savoir plus sur les sarcophages
Avant l'inhumation proprement dite, la coutume s'établit chez les personnages de haut rang d'envoyer la momie du défunt visiter la ville d'Abydos où se trouve le sanctuaire principal du dieu Osiris. La momie est alors transportée en bateau, couchée sur le pont, enveloppée de linges brodés. Les prêtres récitent des prières et font des fumigations d'encens pendant le voyage. Les parents et les proches suivent dans un second bateau. A Abydos, la momie participe aux offrandes à Osiris puis elle retourne en paix au pays natal si elle n'est pas inhumée dans la ville d'Osiris. Plus tard, on s'affranchira de la réalité du voyage en le peignant sur les parois de la tombe ou simplement sur le sarcophage. Voir la tombe de Menna

La momie est ensuite prête à être inhumée, elle est confié aux nécrotaphes qui vont s'occuper de son transport (il faudra encore traverser le Nil) et de l'inhumation.

Bateaux funéraires transportant la momie sur la rive Ouest du Nil. Ces bateaux en modèle réduit sont déposés dans le tombes (ou peints sur les murs) pour que le mort puisse faire ses pèlerinages, notamment celui d'Abydos.

Les funérailles

Arrivée sur la rive Ouest du Nil, la momie est placée dans un coffre sur une barque elle-même posée sur un traîneau ou un chariot à roues à l'époque ptolémaïque. Le chariot est tiré sur le sable du désert par des hommes ou par des vaches. Le cortège funèbre se dirige vers la tombe. Il est composé des membres de la famille qui tiennent le cordon du catafalque (voir pour Toutankhamon), des amis et serviteurs qui transportent le mobilier funéraire et les offrandes (voir tombe de Ramose), des pleureuses professionnelles qui se couvrent la tête de poussière et se frappent la poitrine en poussant des cris pour montrer leur douleur (voir pour Ramose), des prêtres (appelés coachytes à la Basse Epoque) qui dirigent la cérémonie des funérailles, encensent le corps, récitent des formules magiques (le supérieur des mystères est vêtu d'une peau de léopard, les autres prêtres sont habillés de blanc, couleur du deuil). Deux femmes
personnifient Isis et Nephtys qui veillent sur le corps (elles rappellent leur rôle éminent dans la confection de la première momie : Osiris). Voir le cortège de Ramose.

Cortège funèbre : papyrus du Livre des Morts de Maiherpéri - XVIIème dynastie - Musée du Caire
La momie repose sur un lit posé dans une chasse ouverte, elle-même placée dans la barque funéraire installée sur le traîneau tiré par des boeufs. De part et d'autre de la chasse,
Isis et Nephtys protègent le défunt.

Quand le cortège est arrivé devant la tombe, la momie est ôtée du cercueil et dressée, soutenue par un prêtre-embaumeur portant un masque à l'effigie d'Anubis. Le fils aîné ou le supérieur des mystères procède alors au rituel de l'ouverture de la bouche (voir pour Toutankhamon). A l'aide de l'herminette, tout en prononçant les formules rituelles, il touche les sept ouvertures de la tête pour redonner vie à la momie. En effet, la momie a besoin de respirer, voir, parler, entendre pour éviter les embûches du monde des morts et s'alimenter des offrandes funéraires déposées dans la tombe.

Sur les peintures murales des tombes, on voit souvent la scène de l'ouverture de la bouche pratiquée par Anubis, le dieu des embaumeurs.

Tombe de Nebenmâat (Deir el-Médineh)

 

Herminette ou Sétep servant à pratiquer l'ouverture de la bouche pour redonner toute sa vitalité au défunt. Musée de la momie Louxor. Provenance : Deir el-Bahari.
Herminette gravé au nom de la reine Hatshepsout. La lame en bronze est fixée à un manche en bois à l'aide de lanières de cuire. Provenance : Deir el-Bahari.

Musée du Louvre.

On procède aussi à la libation de l'eau, les prêtres récitent les formules appropriées, font des fumigations à l'aide d'un encensoir, touchent le sarcophage à l'aide d'accessoires regroupés sur une plaque de bois évidé, véritable trousse à outils.
Instruments utilisés par les prêtres lors de la cérémonie de l'ouverture de la bouche. Musée de Leipzig.

Libation de l'eau (ou lustration) : Thot et Horus purifient le défunt devenu bienheureux : la nudité signifie la régénération et la jeunesse éternelle.
Détail d'un sarcophage provenant de Touna-el-Gebel - Vers 150 ap JC - Musée du Louvre.
Pour voir le sarcophage en entier

Dès ce moment, la momie a accès à la vie éternelle si son ka passe avec succès le jugement d'Osiris.

La momie est replacée dans son cercueil qui est alors descendu dans la tombe et déposé dans une cuve en pierre qui sera scellée par un couvercle au poids énorme. La cuve est elle-même renfermée dans des chapelle en bois emboîtées si on se réfère à la tombe de Toutankhamon (voir pour Toutankhamon). Les vases canopes sont déposés près de la momie, enfermées également dans une chapelle appelée aussi "canope".
Les porteurs d'offrandes descendent dans la tombe les fleurs, le mobilier et les victuailles nécessaires à la nouvelle vie du mort (un boeuf a été immolé). Les offrandes doivent restituer les force vitales du défunt (le ka).

Serviteur portant les offrandes : fruits, raisins, natte et bouquet de papyrus.
Le texte précise "Présentation des offrandes destinées au scribe Nakht".
Tombe de Nakht (N° 52) à Thèbes. XVIIIème dynastie - vers 1420 av JC.

Parmi le mobilier, on dépose un bateau en miniature qui peut prendre plusieurs fonctions :
- les morts ont besoin d'un bateau pour traverser le Nil afin de rejoindre les nécropoles du monde des morts situées sur la rive Ouest (voir plus haut).
- le pharaon doit avoir un bateau pour traverser le ciel en compagnie du soleil
- le défunt est appelé à se déplacer dans le monde souterrain d'Osiris ; pour cela, il a besoin d'une barque
-
la momie ou la statue du défunt devait effectuer un pèlerinage rituel en Abydos avant l'inhumation
Voir tombe de Menna
Voir pour Toutankhamon

Avant de quitter la tombe, la femme du défunt prononce l'adieu au mort.
La cérémonie terminée, la tombe est soigneusement murée, on y appose des sceaux afin de constater si nécessaire son inviolabilité. Toutes ces précautions n'empêcheront jamais les pilleurs de tombe de s'emparer de toutes les richesses déposées dans ces maisons d'éternité.

La journée des funérailles se termine par un banquet présidé, en effigie, par le mort. Les invités se restaurent avec les animaux sacrifiés pour la cérémonie. Quand ils auront terminé, ils retourneront de l'autre côté du Nil, sur la rive est, du côté des vivants.

La momification pour les moins riches

Selon Hérodote :

"Pour ceux qui préfèrent l’embaumement moyen et veulent éviter de grandes dépenses, les embaumeurs font les préparatoires suivants. Après avoir rempli leur seringues d’huile de cèdre, ils injectent cette huile dans l’abdomen du mort, sans l’ouvrir, ni en retirer les entrailles, et ils ont soin de retenir le liquide de telle sort qu’il ne puisse s’échapper. Ensuite, ils plongent le corps dans du natron et l’y laissent le temps prescrit, puis ils font sortir des cavités l’huile de cèdre. Elle a assez de force pour tout emporter avec elle, intestins et viscères ; elle a tout liquéfié. Extérieurement le natron a desséché les chairs, il ne reste du mort que la peau et les os. Ces choses faites, ils le rendent en cet état".
HISTOIRES, II, 88

La momification des animaux :

Les animaux sont sacrés dans l'Egypte ancienne et à ce titre, ils ont droit à la momification tout comme les humains. On a retrouvé par exemple des centaines de milliers de chats momifiés, des crocodiles, des taureaux (voir Apis), des oiseaux, des poissons, des béliers, des chiens, des babouins, des ibis... A Lyon, au musée Guimet d'histoire naturelle, se trouve la plus grande collection de momies d'animaux en Europe, il y a même un sarcophage de ver de terre! Dans une momie de crocodile, sous les bandelettes, à l'aide des rayons X, on a vu des dizaines de bébés crocodiles sortant de leur oeuf.
Les animaux momifiés sont enterrés dans des nécropoles par espèce : cimetières de chats (pour honorer la déesse Bastet), d'ibis (pour le dieu Thot), de taureaux Apis (enterrés dans un vaste hypogée collectif : le
Serapeum de Saqqarah).
Hérodote fait état de tensions entre populations car certaines communautés sacrifiaient, voire mangeaient, les espèces que d'autres vénéraient.

Musée de la momie Louxor :
- Bélier momifié avec un masque en c
artonnage doré. Le cartonnage était réalisé avec plusieurs couches de lin ou de papyrus collées ensemble et façonnées d'après les traits de la momie. Le bélier est le symbole du dieu Khnoum. Provenance : Assouan (île Eléphantine), principal sanctuaire de Khnoum.
- Chat momifié : le chat est l'animal qui a été le plus momifié. Provenance :  Gournah.
- Babouin momifié : symbole du dieu Thot. Provenance : Vallée des Rois
- Ibis momifié : symbole du dieu Thot. Provenance : Saqqarah
- Poisson momifié : "lates Niloticus" trouvé à Esna où un culte lui était tendu
- Bébé crocodile momifié : symbole du dieu Sobek
Les momies d'animaux sont enveloppées de bandelettes, comme pour les humains. Le résultat final dépend beaucoup de la qualité du travail mais aussi de la nature de l'animal. Dans certains cas, seule la tête de l'animal dépasse, elle est alors recouverte d'un masque peint ou d'une sorte de cagoule reproduisant la physionomie de l'animal. L'animal peut être aussi placé dans un sarcophage (voir l'ibis ci-dessous). On met les poissons dans des réceptacles de bois peint ou dans le socle creux de véritables statues en bois ou en bronze.

   

Momies de chats, chien, bélier, ibis et sarcophage d'ibis. Musée du Louvre

  

Momies de crocodile et poissons. Musée du Louvre

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