Le lièvre n'est pas seulement un gibier de choix, apprécié par les chasseurs
(qui l'attrapent dans des filets, lui lancent des flèches ou envoient des
chiens à sa poursuite), y compris le pharaon, pour ses qualités de vitesse
et pour son habileté à se cacher. Il a également une valeur symbolique. Mais
celle-ci est est double, à la fois positive et négative. En effet, avec ses
grandes oreilles, il fait penser à des bêtes malfaisantes et, avec sa
couleur un peu rousse, il évoque Seth et sa puissance maléfique (confusion
renforcée par la ressemblance entre le hiéroglyphe qui le représente et
celui de Seth, surtout quand on lui ajouta une longue queue qui renforça la
similitude).
Mais d'autre part, du fait de sa fécondité prolifique et de sa capacité à
résister dans le désert, il évoque la résurrection, tout comme la gazelle ou
le hérisson. C'est pourquoi dans une formule funéraire, le mort s'identifie
au lièvre et pas seulement au lion (ce qui pourrait paraître plus naturel) :
"Je suis un lion. Je suis un lièvre." Sa vitesse explique que le mort
veuille se parer de ses qualités dans l'au-delà: "Où entreras-tu? Comment
sortiras-tu? De même que j'entrerai comme un lièvre, de même sortirai-je
comme un faucon."(Livre des morts)
Palette de chasse, musée du Louvre
Le lièvre symbolise la vigilance. Cela s'explique
par la réputation qu'il a chez les Egyptiens de ne jamais fermer les yeux. C'est
un gardien : on a retrouvé des amulettes qui le représentent; cela peut paraître
paradoxal puisqu'il est surtout connu par sa capacité à fuir, mais cela fait de
lui le protecteur du sommeil puisqu'il est capable de le traverser rapidement,
de façon à éviter les rives de la mort si proches de celles du sommeil : ainsi
des chevets reproduisent sa forme (il y est représenté avec les yeux fermés,
malgré sa réputation, peut-être pour être plus proche du dormeur qu'il protège).
Enfin, il est parfois assimilé à des divinités redoutables : la déesse Hase
Ounet (qui a donné son nom au nome d'Hermopolis), tout comme la Lionne ou le
Cobra, défend Osiris contre ses ennemis, dont Seth. De même, dans le
Livredes morts, on voit des portiers dotés d'une tête de lièvre,
tandis le chat qui découpe le serpent monstrueux Apophis, dans une vignette du
Livredes morts, est doté d'oreilles de lièvre. Dans le même ordre
d'idée, un papyrus funéraire fait voir un génie à tête de lièvre dévorant un
serpent.
Le savant égyptien Horapollon, au IV° ou
au V° siècle après J.C., c'est-à-dire à une époque où l'on ne comprend plus
les hiéroglyphes, a attribué la valeur de l'ouverture à ce signe car le
lièvre avait la réputation d'avoir les yeux toujours ouverts. Jean Yoyotte (le
Bestiaire des pharaons), explique que ce hiéroglyphe peut être utilisé
phonétiquement pour écrire "oun", c'est-à-dire "ouvrir".