Les tablettes d'argile en lettres cunéiformes découvertes à Tell el-Amarna

L'épisode de la découverte

En 1887, près du village d'Et-Till, en Moyenne Egypte, une paysanne prélevait  des déchets antiques (de l'engrais naturel - ou  sebakh - pour son  champ) lorsqu'elle ramassa une tablette d'argile recouverte de signes inhabituels. Ayant fait part de sa trouvaille à d'autres villageois, ceux-ci se mirent à remuer le sol des ruines et ces fouilles, clandestines naturellement, fournirent plus de 300 tablettes analogues que les fellahs s'empressèrent de faire porter au Caire pour les proposer aux antiquaires et aux savants. Ce fut tout d’abord sans succès, ces derniers prenant les pièces pour des faux n'ayant aucune valeur. Les tablettes reprirent alors le chemin de Louxor et d'Akhmim dans des conditions très précaires et plusieurs d’entre elles furent sérieusement  endommagées ou même anéanties. C'est seulement à la fin de 1887 que Wallis Budge en acquit 81 pour le British Muséum de Londres,  pensant avoir réuni tout le lot. Or il en restait encore un certain nombre aux  mains de trois vendeurs du  Caire et de Giza, qui les cédèrent à des collectionneurs.  Un groupe aboutit à Berlin en passant par Vienne; une quinzaine de tablettes fut proposée au musée de Boulaq au début de 1888. Enfin le reste fut dis persé dans des collections privées pour être presque totalement réparti, en dernier lieu, entre les musées de Berlin, de Londres et de Paris (une tablette se trouve aussi au musée de Bruxelles).

Les fouilles faites ensuite officiellement sur le site par différentes missions archéologiques en ont augmenté le nombre : en 1891-1892, F. Pétrie trouva quelques fragments, aujourd'hui conservés à l'Ashmolean Muséum d'Oxford; en 1913-1914 la Deutsche Orient Geselischaft en exhuma deux autres qui sont maintenant à Berlin et, en 1933-1934, l'Egypt Exploration Society mit encore au jour huit fragments qu elle garde à Londres.

Des tablettes semblables ont été trouvées par les archéologues sur différents sites de Syrie et de Palestine (Taanach, Meggido Gezer, Sichem, Jéricho, Hazor). Une vingtaine de ces tablettes forme un ensemble de textes d'école pour apprentis scribes (listes de signes, vocabulaires, copie de textes mythologiques). Le reste représente une partie de la correspondance diplomatique échangée entre l'Egypte et tous les pays du Proche-Orient, dans  laquelle on peut distinguer deux sortes de documents : 1° la correspondance royale expédiée par le roi d'Egypte et les rois de Babylonie,  d'Assyrie,  du  Mitanni, de Chypre et de l'Empire hittite; 2° la correspondance du roi et de la cour d'Egypte avec  les  vassaux — petits princes de Palestine et de Syrie — ou avec les représentants de l'occupation égyptienne dans ces mêmes pays. On saisit l'importance historique de ces écrits qui ont jeté, dès leur  apparition une lumière nouvelle sur cette période de l’histoire du Proche-Orient Ancien. Lumière qui s'est encore considérablement accrue avec l'étude des très nombreux textes, a peu près contemporains, révélés dans les dernières décennies par les fouilles de  Ras-Sham-Ugarit (Phénicie)  et de Boghaz-Kôy-Hattousha (capitale du royaume hittite).

L'écriture des tablettes

Les lettres que Pharaon échangeait avec les rois ou les princes vassaux régnant sur les divers pays du Proche-Orient, après la période de conquête qui ouvrit le Nouvel Empire, n'étaient pas rédigées en égyptien mais en accadien, tracé en signes cunéiformes. Cette écriture est insolite en Egypte mais d’un usage courant en Mésopotamie où on employait pour noter les différentes langues qui y étaient parlées. Les textes étaient gravés par des scribes cananéens plus rarement égyptiens, n'ayant reçu qu’une formation provinciale; ils fourmillent d'archaïsmes, de «cananéismes » de fautes grammaticales. C'est un véritable mélange de langues cananéenne et babylonienne, formant une sorte de jargon diplomatique utilisé par tous les peuples du Proche-Orient, vers le milieu du IIème millénaire avant JC. Portées par messagers, ces missives de terre cuite, pouvaient être placées dans une enveloppe façonnée parfois en terre crue sur laquelle le nom du destinataire était marqué. Lorsqu'une lettre arrivait en Egypte on brisait son enveloppe et on l'enregistrait semble-t-il, en marquant à l'encre sur la tablette, soit la date d'arrivée, soit son origine.

 

Texte extrait de "Toutankhamon et son temps".

 


Compte tenu des nombreux piratages du site, le click droit pour le copiage du texte et des images est dorénavant interdit. Site sous copyright.
Les élèves peuvent cependant récupérer les images à l'aide d'une copie d'écran pour leurs travaux pédagogiques non lucratifs et non publiables, y compris sur Internet.
Pour tout autre usage, contacter l'auteur:Contact