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SCEAUX-DU-GATINAIS - 14/17

Les offrandes anatomiques

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   Les offrandes anatomiques sont un autre type d'ex-voto. Un peu partout en Gaule*, dans les sources et les sanctuaires de l'eau on a découvert un nombre impressionnant de jambes, de pieds, de bras, de têtes, de tablettes représentant des organes internes : le cœur, les poumons, les intestins... Les pèlerins déposaient un ex-voto représentant la maladie dont ils souffraient soit pour en demander la guérison soit en signe de remerciement quand ils avaient été exhaussés.

Aujourd'hui encore, cette pratique est très usitée, notamment dans la religion chrétienne : voir des exemples ici

 A Sceaux-du-Gâtinais, le bassin du nymphée a livré des offrandes très diverses, soit à l'intérieur, soit dans l'environnement immédiat et certaines pourraient provenir d'une utilisation avant la conquête romaine :
- des outils en pierre taillée, des haches polies et de nombreux ossements d'animaux qui pourraient dater de la fin du néolithique
- des ex-voto en bronze de membres et têtes d'animaux que l'on peut rattacher à la période celte : cornes de cerf, pattes de chèvre, de bouc, de chevreau...
- des ex-voto en bronze ou en argent représentant un membre ou un organe malade dont certains pourraient également dater d'avant l'époque gallo-romaine : pieds, jambes, yeux, organes génitaux masculins...
 

Quelques offrandes anatomiques découvertes à Sceaux-du-Gâtinais :


Photo JFB : exposition Chamerolles

Ex-voto anatomique sexué - Photo JFB : exposition Chamerolles

Ex-voto anatomique sexué. Photo JFB : exposition Chamerolles

Autres lieux de découvertes : dans  les Sources de la Seine, en Côte-d'Or, à la source des Roches à Chamalières, dans le Puy-de-Dôme, à Luxeuil, en Haute-Saône, à Coren-les-Eaux dans le Cantal, à Vichy, au Mont-Dore, à Chassenon (Cassinomagus) ...
Ces ex-voto anatomiques sont réalisés sur différents supports : bois, pierre, bronze, argent, terre cuite, ils sont de grande importance pour la connaissance des maladies qui atteignaient nos ancêtres.
Ci-dessous, la conclusion d'une étude :

Les ex-voto anatomiques de la Gaule romaine (Essai sur les maladies et infirmités de nos ancêtres) - Chapitre IV . P. Vauthey , Dr M. Vauthey

En fait, — et ce sera le mot de la fin, — la pathologie des Gallo-romains préfigure celle de l'homme d'aujourd'hui, avec une même prédisposition à tel ou tel état pathologique ; et nos ancêtres eux-mêmes ont peut-être hérité de pareilles prédispositions venant de leurs prédécesseurs.
C'est ce qu'a évoqué récemment le Dr. J. Enselme dans un ouvrage sur les maladies de la Préhistoire. Dans une vision très attrayante et solidement documentée de ce problème, il montre, qu'à part la notion de traumatisme (dont l'origine est évidente), l'homme, et ce depuis le Paléolithique, a pu souffrir de lésions primitives, dont les symptômes ont varié au cours des siècles, influencés par la constitution de l'individu et par son environnement écologique.
En fait, d'après J. Enselme, en un million et demi d'années, les lésions anatomiques ont peu ou pas changé et il donne quelques exemples significatifs : la luxation congénitale de la hanche apparaissant avec la station debout et la bipédie, — les rhumatismes existant déjà au Moustérien, — l'obésité qui marque les femmes au Magdalénien.
Et au cours des millénaires, les tares, les ratés, les déviations génétiques se succèdent pour l'homme, constituant pour lui les facteurs précurseurs de sa disposition à la maladie.
Ce sont tous ces facteurs, acquis et transmis, qui expliquent et annoncent les manifestations pathologiques de nos Gaulois et de nos Gallo-romains. Et c'est en vue de leur guérison ou de leur soulagement qu'ils invoquent les Divinités des Sources et qu'ils font le pèlerinage aux Fontaines guérisseuses.
Consulter l'étude complète :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/racf_0220-6617_1983_num_22_2_2371#

Les ex-voto d'yeux

Les ex-voto d'yeux sont abondants dans tous les sanctuaires de l'eau et on en a retrouvé un certain nombre à Sceaux :

Un ex-voto oculaire en argent, inscrit, trouvé au Clos du Détour à Pannes (Loiret), sanctuaire du territoire sénon

   Le site du Clos du Détour avoisine sans doute le tracé de la voie antique de Montargis à Sceaux-du-Gâtinais, dont des portions sont connues par des prospections aériennes et la fouille préventive de Gondreville.
Un ex-voto oculaire a été découvert dans une fosse d’un sanctuaire à Pannes (Loiret), dans le territoire de la cité des Sénons, lors de fouilles préventives effectuées en 1996-1997, préalablement à la construction de l’autoroute A.77. Mal connue, la région est riche en vestiges antiques, et ce sanctuaire, dédié à une ou des divinité(s) non identifiée(s), était assez important pour attirer, entre autres, une citoyenne romaine d’origine indigène, Prisceia Aviola. Elle a offert un ex-voto oculaire de forme inédite jusqu’ici, fabriqué dans un matériau exceptionnel, l’argent, et – fait rare – y a fait graver une formule dédicatoire. La faible proportion des femmes, surtout citoyennes romaines, parmi les dévots, le choix du métal original, la qualité du support confèrent à l’objet une singularité qui montre l’attractivité du sanctuaire où il a été déposé.

Résumé de l'étude de Monique Dondin-Payre et Christian Cribellier

Lire l'étude complète ici :  http://racf.revues.org/1694 


Répartition des ex-voto en forme d'yeux : carré : forme rectangulaire, triangle : forme losange losangique et ovale (Sceaux est localisé par le nombre 27)
http://elearning.unifr.ch/antiquitas/notices_images.php?id=43

   Pourquoi tant d'ex-voto d'yeux dans tous les sanctuaires de l'eau ?
La "brochure élèves Aquae Segetae" de Jocelyne Vilpoux et Damien Aubriet donne une réponse intéressante :

"A Sceaux, aucune trace matérielle des pratiques médicales n'a été retrouvée. Cependant, nous savons qu'il existe des preuves d'une réelle activité dans ce type de sanctuaire. Les textes d'auteurs anciens nous éclairent quant aux actes pratiqués à l'époque.
Celse, dans son traité De medicina (livre
VI), d
éclare : "Les maladies cutanées méritent peu d'attention, mais il n'en est pas de même de celles des yeux qui sont sujets à quantité d'accidents graves. Ces organes contribuent trop aux besoins et aux agréments de la vie pour qu'on ne prenne pas toutes les précautions possibles pour les conserver."
L'œil, perçu comme un organe corporel privilégié, assure la transition entre l'être et le monde extérieur.
Il possède également un statut spirituel. Ainsi Pline écrit :
"C'est dans les yeux que l'âme habite,
c'est par l'âme que nous voyons, par l'âme que nous discernons (...), aucune partie n'indique mieux l'état de l'âme". (Histoire Naturelle,
XI).
Par consé
quent, si l'œil est malade, l'âme est malade.
La pathologie de l'œil peut alors prendre une valeur symbolique ("mauvais œil")
et réclamer une thérapeutique religieuse et une attitude votive des patients-pèlerins. Le recours au sanctuaire a pour but une intervention surnaturelle visant une guérison physique.
L'ex-voto ophtalmique peut avoir deux fonctions : demande de guérison ou en remerciement d'une guérison avérée.
Les cachets gallo-romains oculistiques se présentent sous forme de pierres de stéatite verte gravées par des oculistes pour soigner les maladies des yeux, on retrouvait dessus généralement différents renseignements : nom de l'oculiste - nom du collyre prescrit au patient - maladie pour lequel il était prescrit - mode d'utilisation du produit.
"Là, souffrant d'une ophtalmie, j'applique sur mes yeux un noir collyre. 'Hic oculis ego nigra meis collyria lippus inlinere'." Horace, Satires 1, 5, v.30."

Les cachets d’oculiste

   A l'époque gallo-romaine, l'art médical s'exerce sous l'égide de la religion. Les cachets d'oculiste, qui semblent une spécificité gauloise, sont donc vraisemblablement confectionnés par des prêtres : les druides qui sont de véritables savants. Il ne semble pas cependant que que tous les oculistes soient rattachés à un sanctuaire de l'eau.

   "La médecine n’est pas à proprement parler une science mais plutôt une pratique qui s’abreuve de connaissances scientifiques. Elle bénéficie en Gaule de l’influence rationnelle des druides qui à l’empirisme substitue l’observation du corps et de l’effet des plantes, et aux rites magiques la recherche des causes et celle de l’obtention d’authentiques guérisons."
(Jean-Louis BRUNAUX, Les Gaulois, Les Belles Lettres, p. 232-233)

    Les oculistes de la Gaule sont connus par les cachets qu’ils imprimaient sur les bâtonnets de collyres solides qui étaient ramollis ou délayés au moment de l’emploi. Ils revêtent l’aspect de petites tablettes rectangulaires ou carrées, en pierre dures dont les quatre côtés sont gravés en creux et à l’envers. L’inscription précise l’identité du praticien, le nom du collyre et sa composition, l’affection traitée par le médicament et parfois son mode d’application. Voici par exemple ce que l’on peut lire sur un cachet découvert à Boinville-le-Gaillard dans les Yvelines :

C DOMITI MAGNI  DIALEPIDUS ADA  C (aii) Domiti (i) Magni dialepidus ad s(spiritudines) » collyre à base de cuivre de Caius Domitius Magnus contre les granulations (des paupières)
PACCIANUM  Paccianum » : collyre de Paccianus
C DOMITI MAGNI EVVODES AD ASPR  C (aii) Domiti (i) Magni euvodes ad a (spiritudines) : collyre parfumé de Caius Domitius contre les granulations (des paupières).

   Les indications sont souvent générales : « contre les douleurs » (ad dolores), contre les brûlures » (ad adustiones ou ad fervores), « contre les écoulements » (ad reumatica ou ad omnes liquores), etc. Les notations les plus fréquentes concernent la conjonctive, « contre la conjonctivite » ( ad lippitudinem) . On trouve aussi des collyres censés prévenir de la cataracte.

   Élaborés à base de végétaux – safran, cannelle, pavot, coing, fleurs de buis, etc. – de métaux comme le cuivre ou de substances animales comme le fiel, certains de ces collyres  offraient d’incontestables vertus anesthésiantes, calmantes ou thérapeutiques. Ils soignaient notamment les maladies de la cornée, du cristallin, les conjonctives à ses différents stades – avec des préparations appropriées pour chacun – et les maladies des paupières. Mais plus que des maladies, ils traitaient leurs symptômes ainsi que le spécifient des indications comme : « pour l’éclaircissement de la vue », « suppurations » ou « brûlures »… La spécialité des praticiens gallo-romains en matière d’affections de la vue, est soulignée par Celse, célèbre médecin romain du 1er siècle, qui loue le traitement appliqué en Gaule contre « le flux d’une pituite (mucosités) peu épaisse qui altère l’état des yeux ». Pour lui, l’intervention la plus efficace est celle qui se pratique en Gaule Chevelue : «  Les médecins là-bas, explique-t-il, choisissent des vaisseaux situés sur les tempes et sur le sommet de la tête » et les cautérisent, obstruant ainsi les vaisseaux superficiels par lesquels, croyait-on, ces mucosités descendaient du cerveau.
L’opération de la cataracte, la plus décisive dans le domaine de l’ophtalmologie, étaient pratiquées par les médecins à l’époque gallo-romaine. On a souvent prétendu qu’un bas-relief de Montiers-sur-Saulx (Meuse) figurait cette intervention. À l’aide d’un instrument pointu, un homme touche la paupière d’une femme qui tient un petit pot et porte un linge sur l’avant-bras. En réalité cette scène paraît plutôt représenter un examen de l’œil ou l’application d’un onguent. En revanche, les cinq aiguilles et leur étui découverts en 1975 à  Montbellet (Saône-et-Loire) sont bien des aiguilles utilisées pour l'opération de la cataracte. Une opération dont Celse décrit minutieusement les différentes phases : « On fait asseoir le malade sur un siège placé dans un endroit bien éclairé, la face tournée du côté de la lumière ; l'opérateur se place vis-à-vis, sur un siège un peu plus élevé. On fait mettre un assistant derrière le malade, pour lui tenir la tête et l'empêcher de remuer ; car au moindre mouvement il risquerait de perdre la vue pour toujours. Afin de donner plus d'immobilité à l'œil qu'on veut opérer, on applique sur l'autre un bandeau de laine. Si la cataracte est sur l'œil gauche, on opère avec la main droite ; et avec la gauche, si elle est du droit. L'aiguille, acérée, mais pas trop mince, doit être alors enfoncée en ligne droite, à travers les deux membranes externes, au point intermédiaire entre la pupille et le petit angle de l'œil, mi-hauteur de la cataracte afin de ne rencontrer aucune veine ; il faut l'enfoncer hardiment car le lieu où elle se dirige est vide ; quand l'opérateur est sûr d'y être arrivé (et le moins habile ne peut s'y tromper, car on éprouve plus de résistance), il incline son aiguille et la tourne doucement sur la cataracte, qu'il abaisse peu à peu au-dessous de la pupille. Il appuie alors davantage sur la cataracte, afin qu'elle reste à l'endroit où il l'a enfoncée. Si elle s'y maintient, l'opération est terminée ; mais si elle revient en place, il faut la couper en plusieurs parties avec cette même aiguille : les fragments ainsi constitués restent plus facilement en place et gênent moins la vue. On retire ensuite l'aiguille en droite ligne, on applique un lainage doux, imprégné de blanc d'œuf, avec par dessus des remèdes, pour éviter l'inflammation, et on pose un pansement.» (De la médecine, VII 7, 13-14).

Les Gallo-Romains. G. Coulon.
http://www.e-stoire.net/article-les-specialites-de-la-medecine-gallo-romaine-1-2-86835584.html

Cachets d’oculiste à Vidy

Un cachet d’oculiste était constitué d’une petite réglette en pierre (p. ex. de la stéatite, une roche verte et tendre), sur laquelle étaient gravés à l’envers le nom du praticien, le nom du collyre, le type de maladie visé par le médicament, éventuellement le contenu de la préparation. Le cachet était ensuite imprimé sur la substance médicamenteuse, une pâte dure qu’il fallait délayer avant utilisation. Le cachet d’oculiste représentait « l’étiquette » du médicament.
Les deux cachets présentés ci-dessous sont ceux de Q. Postumius Hermes retrouvés à Vidy. Hermes aurait mis au point une recette "contre l'inflammation de l'oeil" et une autre "pour éclaircir la vue".
Photo Musée de Vidy, dans AA. VV., Le temps des Romains (La Suisse du Paléolithique à l’aube du Moyen-Age, vol. 5 Epoque romaine), Bâle, 2002, p. 250, fig. 289.
http://elearning.unifr.ch/antiquitas/notices_images.php?id=43&id_noticeI=43


Cachets d'oculiste de Vidy

  Cachet d'oculiste trouvé à Orléans, Porte St Jean, Haut-Empire (schiste)
Photo JFB : exposition Chamerolles

 

La préparation des médicaments selon Jean-Luc Schütz (http://www.ialg.be/collections/archeologie/perioderomaine/I_6382.html)

   L’oculiste TITVS prescrivait des médications à base de safran (Crocodes) pour soigner la conjonctivite granuleuse et des remèdes à base de suc de balsamier (Opobalsamatum) pour la baisse d’acuité visuelle (amblyopie).
   Les ingrédients qui entraient dans la composition des collyres étaient broyés sur une tablette en pierre puis mélangés à de l’eau ou de la gomme liquide. La pâte ainsi obtenue était modelée en forme de bâtonnets qui recevaient l’empreinte du cachet avant séchage. Ces préparations à base de végétaux, de substances animales (corne) ou de métaux tel le cuivre, étaient délayées avec de l’eau ou de l’œuf avant d’être appliquées sur l’œil. Dans son Recueil des cachets d’oculistes romains, Espérandieu a recensé pas moins de cent cinq noms de collyres différents.
Plus de trois cents cachets d’oculistes ont été découverts dans l’empire romain, essentiellement en Gaule. Leur étude est une source de connaissance précieuse relative à la pharmacopée des oculistes gallo-romains réputés pour les opérations de la cataracte. Les collyres solides, spécifiques à la médecine gauloise, faisaient partie de l’attirail des oculistes itinérants, au même titre que les balances, les cachets, les tablettes à broyer et les instruments chirurgicaux (spatules, aiguilles…)

   Pour prévenir des maladies, les Gaulois avaient l'habitude de porter des amulettes qui les protégeaient (pouvoir prophylactique). Ci-dessous, deux exemples trouvés à Beaune-la-Rolande, La Justice


Médaillon prophylactique - Bois de cerf - Haut Empire

Lot de crepundia (jeu d'enfants), amulettes prophylactique (bronze et os, Haut Empire

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