àà===========
Les G A U L O I S - 14 pages L'histoire des Celtes La religion des Gaulois La religion gallo-romaine La mythologie
L'art celte L'art gallo-romain La femme gauloise Les langues celtes Sacrifices humains

La religion gallo-romaine
En quoi la conquête de la Gaule par les Romains a-t-elle changé la religion des Gaulois?

Plan de la page :
L'assimilation par Jules César
La rupture celtique
Une assimilation superficielle et complexe
Les dieux d'appellation romaine honorés en Gaule
Les dieux celtiques qui perdurent
Les cultes orientaux
La religion officielle de l'occupant
Les lieux de cultes
Le culte des morts
Conclusion
Résumé
Un mot mal connu? Double cliquez pour ouvrir le dictionnaire.

Jules César fait la première assimilation entre dieux gaulois et dieux romains

 

     Jules César, au Ier siècle avant JC, dans son livre "De bello Gallico" (La guerre des Gaules), est le premier à faire une assimilation entre les dieux de la Gaule et les dieux romains :
«Ils honorent Mercure comme le plus grand dieu. Ce sont ses statues qui sont les plus nombreuses. Ils le considèrent comme l’inventeur de tous les arts, le guide sur les routes et dans les voyages. Ils pensent qu’il a le plus grand pouvoir pour tout ce qui concerne l’argent et le commerce. Après lui viennent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Ils ont à leur sujet à peu près la même idée que les autres nations: Apollon chasse les maladies, Minerve enseigne les rudiments des arts et des métiers, Jupiter a l’empire du ciel, Mars régit les guerres...»
     D'après cet extrait, on pourrait penser que les Gaulois ont déjà, à l'époque de la conquête, assimilés la religion romaine car César parle des dieux des Gaulois en leur donnant des noms de dieux romains. En fait, les dieux de la Gaule indépendante sont les dieux de tous les Celtes (voir la page sur la religion celte) mais César est le premier à faire une correspondance, qui n'existe pas encore, entre les deux panthéons, il est convaincu, comme ses contemporains, de l'unité du divin sous la diversité des appellations.
Cette idée d’une parenté réelle et profonde entre les diverses religions païennes nationales parait avoir été familière aux anciens dès l’époque antérieure à la conquête. Cette conception remonte en grande partie sans doute à Pythagore. Elle a beaucoup contribué à la formation du syncrétisme religieux, même avant l’Empire romain, et a notamment favorisé ce que l’on a appelé l’interpretatio romana , c’est-à-dire, en ce qui concerne la Gaule, la transposition gréco-romaine des dieux et des mythes gaulois.
A la triade capitoline romaine, on peut faire correspondre une triade gauloise:

-
Taranis, dieu du ciel, lance la foudre sous la forme d’une roue enflammée; il sera assimilé à Jupiter
-
Teutatès, dieu de la collectivité nationale dans la paix comme dans la guerre, il prend tantôt la forme de Mercure, tantôt celle de Mars
-
Esus, dieu de la végétation et de la richesse, est assimilé tantôt à Mars tantôt à Mercure. A cette triade il convient d’ajouter (selon César) Apollon indigène, dieu des sources, des sanctuaires prophétiques et de la médecine, dont les noms sont en Gaule Belenos, Grannos, Borvo
 ; et une Minerve, qui est certainement la forme très anciennement hellénisée de la grande déesse-mère gauloise.

 

La rupture celtique
 

     La religion des Gaulois après la conquête romaine s’inscrit dans le contexte d’une rupture :
-
politique : les Gaulois adoptent ou subissent le système administratif et gouvernemental romain.
-
linguistique : la langue gauloise disparaît entièrement en tant que langue de culture et d’administration.
-
religieuse : les druides perdent toute autorité et sont condamnés à disparaître.

Toutefois, la rupture religieuse n'est pas totale et immédiate, les Romains n'ont pas persécuté les dieux gaulois, ils n'ont poursuivi que les druides pour leurs pouvoirs politiques et sociaux, les seuls qui auraient pu entretenir un nationalisme celtique, il leur était cependant reproché, en matière religieuse, d'être les responsables des sacrifices humains. Donc, si les Gaulois subissent l'influence de la religion romaine, c'est par une adhésion volontaire, sans directives de l'occupant romain qui a toujours été tolérant en matière religieuse, d'autant plus qu'il n'avait pas les moyens de mener une politique de force.

 

Une assimilation superficielle et complexe

     Les dieux romains revêtaient des formes sensibles et la figure humaine, ils retinrent l'attention des Gaulois qui se mirent, eux aussi, à concevoir leurs propres dieux sous des traits humains. De leur côté, les Romains, loin de proscrire les dieux indigènes, cherchèrent à établir des correspondances entre les dieux gaulois et les leurs, à les interpréter (l'interpretatio romana) tel César. Ces correspondances, si relatives qu'elles aient été, furent vulgarisées par la statuaire, et les noms des dieux romains ont été adoptés avec le latin lui-même. Parallèlement à l'interprétation romaine des divinités celtiques, il se produisit dans l'esprit indigène une interprétation gauloise (l'interpretatio celtica) des dieux gréco-romains. De ce fait, le rapprochement entre les deux religions s'est fait dans les deux sens, mais de façon approximative, avec des différences selon les lieux. La langue latine et l'art gréco-romain apportaient aux Gaulois des noms et des images de divinités, ils les ont utilisés, au gré de leurs préférences, au hasard des ressemblances... et tel grand dieu romain a été assimilé ici à tel dieu gaulois, là à tel autre. Mais ne nous trompons pas, lorsqu'un Gallo-Romain fait référence au dieu Mercure, il ne s'agit pas du Mercure romain mais d'une divinité gauloise assimilée nominalement à Mercure. Sur les quelques 500 divinités connues, les 3/4 n'apparaissent qu'une seule fois. Dans ces conditions de diversité, il est très difficile de s'y retrouver, il est rare que deux divinités gauloises et romaines se superposent totalement. Tout s'est passé comme si les Gaulois gardaient leurs propres dieux mais leur donnaient des noms de dieux romains. On constate en effet que certains dieux portent un nom romain mais sont représentés dans le costume gaulois (exemple du Mercure de Lezoux), que d'autres portent à la fois le nom gaulois et romain accolés (Apollon Brovo) ou le nom romain auquel on a ajouté un épithète gaulois (Mars Vorocius de Vichy), que d'autres encore ont leur parèdre (équivalence féminine) dans l'autre panthéon (un dieu gaulois est associé à une déesse romaine et vice-versa, exemple du
trésor de Champoulet où le Mercure romain est associé à la gauloise Rosmerta). L'art traduit cette ambivalence, soit les oeuvres qui représentent les dieux sont totalement classiques (gréco-romaines), soit elles demeurent de facture indigène ou sont composites (cas du trésor de Neuvy-en-Sullias).

 

Les dieux d'appellation romaine honorés en Gaule

 

     Les dieux romains les plus souvent représentés en Gaule :
-
Mercure : il est, sans aucun doute, le dieu le plus fréquemment honoré en Gaule (César avait raison). Il est parfois accompagné d'un animal, coq ou bouc, de facture plus ou moins indigène. Il protège les voyageurs, veille sur leur santé. Plusieurs sommets lui sont consacrés : le Puy-de Dôme (où se dressait une statue monumentale), le Donon dans les Vosges. Une représentation célèbre : celle du pilier du Pont-au-Change de Paris. Mercure représente le plus souvent le dieu celte "Lug". Mais il symbolise aussi une multitude d'autres dieux locaux, le dieu de la tribu (Toutates) ou peut-être même le héros de la tribu, ce qui expliquerait le nombre de Mercures associés à un épithète indigène.
Voir le Mercure d'Argentomagus
-
Mars : le dieu de la guerre est aussi très souvent représenté. Les divinités indigènes assimilées à Mars étaient souvent des divinités tribales, mais le dieu est toujours représenté sous son aspect romain de dieu de la guerre. Il peut, lui aussi représenter le dieu "Lug" ou Teutates.

- Jupiter : il est souvent assimilé à Taranis, mais pas toujours. Il est représenté simplement armé de sa foudre, mais on le trouve aussi avec la roue celte. Il prend parfois la forme d'un cavalier victorieux, foulant aux pieds de sa monture un être monstrueux à jambes de serpents (comme à Vienne-en-Val).

- Apollon : appelé souvent Bélénos ou Grannus, dieu-guérisseur et patron des beaux-arts. Il est associé à la divinité gauloise Sirona. Il s'est aussi superposé au Borvo gaulois : dieu guérisseur des sources dont le nom a donné les Bourbon, Bourboule et Bourbonne actuels (ex : Bourbonne-les-Bains).


Sirona et Apollon

Le couple mixte guérisseur : Sirona, la Gauloise, et Apollon, le Romain.
Apollon est représenté dans la nudité gréco-romaine traditionnelle, sa main droite tient le plectre, baguette pour faire résonner la lyre placée à ses pieds. Sirona n'est pas vêtue comme les déesses gauloises mais à demi-nue, elle tient le serpent dans la main droite, l'attribut de la déesse romaine de la santé Hygie, Apollon était surtout adoré en Gaule en tant que dieu guérisseur. De l'autre main elle, devait tenir une corne d'abondance, symbole de la fécondité.
(Musée archéologique de Dijon, IIème siècle ap JC (15,7 cm de hauteur)

- Vulcain : dieu des forgerons (ils sont nombreux en Gaule)
-
Silvain : dieu des bois et des cultures, il reprend parfois le maillet de Sucellus pour frapper la terre et en faire jaillir les sources.
-
Hercule : il avait plusieurs correspondances celtiques (Saxanus ou Ogmiospar exemple). Il est assez peu représenté seul mais apparaît sur bon nombre de piliers à quatre dieux.
-
Bacchus : dieu oriental du vin, Bacchus (Dionysos pour les Grecs) a été largement honoré en Gaule, le pays du vin. Il était représenté de façon classique, suivi de tout un cortège de silènes, ménades, dont on retrouve des statuettes aussi nombreuses que celles du dieu. La panthère figurait également dans son cortège.

- Minerve : Selon César, elle était chargée de mettre en œuvre les productions de l'esprit. Elle est toujours figurée sous l'aspect guerrier de la Minerve romaine. Voir celle de Vaison-la-Romaine, ci-contre.

- Diane : la compagne de Silvain, déesse de la chasse, des forêts et des sources. Bien que les Gaulois aient compté le temps selon un calendrier lunaire, Diane, déesse romaine de la lune, n'a pas été assimilée à une divinité locale de la lune, elle a été honorée en Gaule en tant que chasseresse.
-
Vénus : elle a été empruntée à Rome et est représentée selon le modèle romain. Son rôle classique de déesse de l'amour se double du rôle de protectrice des enfants. Elle est souvent représentée par des statuettes de terre cuite blanches (voir la page sur les Vénus anadyomènes gauloises)


     Même si cette liste n'est pas exhaustive, on constate tout de suite que les Gaulois sont loin d'avoir accueilli tout le panthéon romain et que les déesses sont en minorité. Cette dernière remarque s'explique par le fait que les divinités féminines celtes étaient si nombreuses et si puissantes qu'elles ont laissé peu de place aux déesses romaines.

 

Les dieux celtiques qui perdurent (voir aussi la page sur les dieux celtes)

 

Mais à côté de ces dieux "romanisés", les Gaulois continuent encore, en pleine époque romaine, à honorer des divinité animales, mi-animales ou mi-humaines. Le gobelet d'argent aux dieux gaulois, trouvé à Lyon, montre bien la perpétuation des dieux gaulois en pleine période gallo-romaine.
Cliquer sur la photo (musée de Lyon) pour l'agrandir.

- Cernunnos : il est représenté sous la forme d'un homme coiffé de la ramure du cerf. Le cerf est réputé pour sa vigueur, sa combativité, sa longévité, son goût des hauteurs et ses allures solitaires, son aptitude à détruire les serpents. C'est le dieu de la fécondité et du domaine des morts. Il existe aussi un autre dieu gaulois, tricéphale, (à trois visages) qui est parfois surmonté par la ramure du cerf. Voir aussi ici.
-
Le serpent à tête de bélier : symbole hybride de la fécondité du sol et de la force brutale (voir le chaudron de Gundestrup)

- Le taureau à trois cornes : symbole de force.
-
Artio : la déesse des ours.
-
Epona : la déesse des chevaux, une femme qui le plus souvent chevauche une jument. Cette déesse écuyère n'a pas d'équivalence romaine. Voir aussi ici.

De même, certains grands dieux celtes n'ont jamais été assimilés à des dieux romains et les Gaulois ont continué à les honorer sous leurs appellations indigènes : Belenos, Rosmerta, Sirona, Sucellus parfois accompagné de Nantosuelta, Esus, Taranis... sans oublier le culte des déesses-mères (Matres) qui demeure intact, les dieux des arbres, des sources, des carrefours...


Sucellus avec son maillet et son gobelet (dessin)


Sucellus
Provenance
Argentomagus


Cernunnos
Pilier des Nautes
(dessin)

Savoir plus sur le pilier


Le dieu aux trois têtes (tricéphale)
Autel de Beaune (dessin)

     En définitive, les Gaulois n'ont pas profondément changé leurs croyances religieuses sous l'effet de la romanisation, ils ont continué à adorer leurs multitudes de dieux locaux en leur donnant parfois un nom romain, ils n'ont pas adopté de nouveaux dieux mais ont habillé les anciens à la mode "romaine", on peut plus parler d'adaptation que d'assimilation.

 

Les cultes orientaux

     Dès la fin du Ier siècle, et surtout au cours du IIème siècle, les Gaulois ont subi, comme les Romains, l'influence grandissante des cultes orientaux :
cultes de Cybèle, Attis, Mithra, cultes d'Isis et de Sérapis. Ces religions attiraient car elles demandaient un effort moral de leurs fidèles : courage, pureté... qui devait être récompensé par le salut éternel, la résurrection.

     Si l’hellénisation et la romanisation de la religion gauloise ont été plus apparentes que réelles, l’introduction de ces religions à mystères devait transformer complètement la conscience religieuse des Gallo-Romains, notamment dans certaines régions et dans certains milieux (les milieux urbains et les milieux militaires).

     L’abondance d’éléments grecs et orientaux dans la vallée du Rhône, entre Vienne et Lyon, a permis la diffusion rapide du culte de Cybèle. Le rite du taurobole, qui consistait à asperger les fidèles du sang du sacrifice d’un taureau (le sang purifiait les fidèles), s’est largement répandu, à partir de Lyon, au milieu du IIème siècle et jusqu’au IIIème siècle. La Gaule est, de toutes les provinces romaines, celle qui a fourni le plus de tauroboles. Si le culte de Cybèle a recruté surtout des adeptes dans les villes, dans la région du Rhône et en Aquitaine, le culte de Mithra a été apporté en Rhénanie par les militaires, principalement par les légionnaires venus d’Orient.

     Cette large diffusion en Gaule des cultes orientaux paraît avoir été facilitée par les réelles analogies que présentait leur rituel avec celui de la religion celtique; c’est ainsi qu’à la cérémonie de "l’arbor intrat", procession du pin d’Attis, correspondait un usage gaulois analogue : les guerriers gaulois transportaient en procession, à certaines dates de l’année, un arbre, qu’ils allaient ensuite jeter dans un puits. Ce rite gaulois est attesté par une scène figurant sur le chaudron de Gundestrup et par les arbres entiers découverts dans les puits funéraires gallo-romains, notamment en Vendée et dans le Sud-Ouest. Quant au taurobole, il trouvait son équivalent dans le sacrifice annuel des taureaux en l’honneur de la déesse-mère. Il en est sans doute de même pour le sacrifice du taureau de Mithra.
Voir les cultes orientaux à Burdigala.


La religion officielle de l'occupant

 

     Toutefois, Rome a bien mis en place une religion officielle en Gaule:

- le culte de la triade capitoline constituée de Jupiter, Junon et Minerve

- le culte impérial rendu à l'Empereur et à sa famille.

Ces cultes sont accomplis dans les cités, par les notables, dans des temples de type romain comme la Maison carrée de Nîmes.
     Chaque année, l'assemblée juridique des 3 Gaules célèbre à
Lugdunum (Lyon) le culte de Rome et d'Auguste, elle proclame son loyalisme à  Rome sur l'autel de Lyon, le 1er août, date anniversaire de la prise d'Alexandrie par Octave, mais aussi fête du dieu gaulois Lug vénéré sur la colline de Fourvière. Ainsi, même dans le culte impérial officiel, il demeure un fonds indigène.

 Cliquer pour agrandissement
La maison carrée de Nîmes

 Cliquer pour agrandissement
La maison carrée (intérieur)

 Cliquer pour agrandissement
L'autel de Rome et d'Auguste (restitution d'après les monnaies)


Les lieux de cultes populaires (voir aussi ici)

     Il subsiste un décalage évident entre les cultes officiels et les cultes populaires, l
e peuple, en grande majorité, continue d'honorer les divinités gauloises ou gallo-romaines dans des sanctuaires où le temple (le fanum) présente des caractéristiques celtes : plan centré (carré, circulaire, polygonal) comportant deux éléments emboîtés, la cella (chambre qui abrite la statue du dieu) et la galerie abritant les processions des fidèles. Exemples de temples qui restent fidèles à la tradition celtique : la "tour de Vésone" à Périgueux, le temple de Janus à Autun.


Reconstitution d'un fanum (musée de St Germain-en-Laye) Voir aussi Argentomagus
 

     A partir du Ier siècle, le temple peut être construit en pierre, selon les nouvelles techniques apportées par les Romains. Les sanctuaires comportent un espace sacré clos par une enceinte, ils renferment un ou plusieurs temples, parfois des bâtiments annexes : bassins, thermes, portiques, théâtre... Les lieux sacrés sont souvent à ciel ouvert : les bois, les sources, les sommets, les lieux de passage. Certains ont des vocations particulières : sanctuaires des eaux où les malades vont demander la guérison en offrant des ex-voto corporels : plaques de bronze en forme d'yeux ou représentations en pierre ou en bois (voir Montbouy) de diverses parties du corps. Plusieurs sanctuaires ont livré des statuettes représentant des enfants ou personnages emmaillotés, des sculptures figurant des parties du corps : têtes, torses, seins, mains, organes sexuels. Parfois, les organes montrent des anomalies correspondant à des maladies. Quand il fut interdit de mettre à mort des êtres humains pour obtenir le rachat d'une maladie, on prit l'habitude d'offrir aux dieux un autre substitut et ce fut l'image du malade ou de l'organe affecté. Dans tous les sanctuaires, les fidèles offrent des ex-voto : autels, statuettes de la divinité (trésor de Champoulet), vaisselle plus ou moins précieuse, feuilles d'argent découpées et estampées, pièces de monnaie, fibules, vases, anneaux...

     Les Gaulois rendent aussi un culte domestique aux dieux Lares (protecteurs de la maison) et à leurs divinité préférées, chargées d'assurer la prospérité du foyer (déesses-mères, Epona...). Là encore, les Gaulois ont su conserver leurs dieux tutélaires tout en ouvrant leur maison à la romanisation. Voir l'autel domestique d'Argentomagus.


Ex-voto, en forme d'yeux. Provenance : les sources de la Seine (bronze).
Musée de Dijon.


Buste de femme portant un torque. Ex-voto en chêne de la source des Roches à Chamallières, Puy-de-Dôme.
Musée de Clermont-Ferrand.


Le culte des morts :
 

     Les Gaulois croyaient en la survie de l'âme et à la nécessité d'accomplir certains rites pour le repos du défunt et la purification des vivants. D'autre part, on redoutait la vengeance des défunts si on négligeait les rites funéraires. Deux modes de sépultures ont été pratiquées, l'incinération domine du Ier siècle au IIIème siècle, ensuite l'inhumation s'impose.

Lors de l'incinération, le corps était brûlé dans une fosse ou sur un bûcher. Les cendres étaient triées et lavées avant d'être rassemblées dans une urne en terre cuite, en verre, en métal ou en pierre. Un coffre en pierre ou en plomb protégeait l'urne.
     Pour l'inhumation, le corps était déposé dans une fosse ou enfermé dans un cercueil en bois, en pierre ou en plomb. Il n'y a pas de grandes sépultures collectives comme en Italie, les Gaulois préfèrent une demeure individuelle. Les propriétaires ruraux se font enterrer dans leur domaine, les citadins achètent un terrain, le long des routes, à la sortie des villes (les sépultures sont toujours situées en-dehors des agglomérations). Les pauvres s'associent en collegia pour s'assurer mutuellement le cippe (petite stèle funéraire votive) et le coin de terre convenables. Incinéré ou inhumé, le mort est souvent accompagné d'un mobilier funéraire (objets personnels ou religieux) et d'offrandes alimentaires. En surface, la tombe est signalée par un monument qui dépend de la richesse du défunt : un pieu, une pierre, une stèle, un autel, un mausolée orné de statues... Une inscription latine peut indiquer le nom du mort, son âge, sa profession, ses titres... Des symboles :
croissants de lune, ascia (herminette), représentations de divinités protègent parfois le défunt.

Stèle funéraire d'un couple
(IIème siècle ap JC, environs de Dijon)
Musée de St Germain-en-Laye.

 

 Cliquer sur la photo pour l'agrandir.

 

Voir les stèles de Burdigala

Voir la nécropole d'Argentomagus

Voir les urnes funéraires de Burdigala


Conclusion
 

     On peut donc bien parler d'un certain syncrétisme entre la religion gauloise et la religion gréco-romaine. La religion des Gaulois, à la période de l'occupation, est traditionnellement qualifiée de "gallo-romaine" (bien que l'expression "gallo-romain" ne fut jamais employée à l'époque) pour marquer les changements effectués après la conquête. Mais l'assimilation des divinités celtes aux dieux gréco-romains semble assez superficielle et complexe compte tenu des particularismes de chaque peuple, de chaque tribu en matière religieuse, Paul-Marie Duval emploie le terme de juxtaposition au lieu d'assimilation. Ce n'est pas parce que certains dieux gaulois ont pris une appellation latine que le dieu vénéré n'est plus le même, ce n'est pas parce que la représentation de la divinité s'apparente aux modèles gréco-romains que l'essence du dieu a changé, "l'habit ne fait pas le moine". D'ailleurs cette adaptation (l'interpretatio) avait commencé bien avant la conquête, la romanisation était déjà commencée au IIème siècle av JC dans le midi de la Gaule, dans la province romaine de Narbonnaise, allant de pair avec une profonde hellénisation culturelle (par Marseille). Cette dernière commence à s’exprimer, sous la forme de symboles et de figurations, notamment dans la représentation de la déesse-mère sous l'effigie d’Athéna, de la chouette, du serpent. On en voit aussi le résultat dans les sanctuaires d’Entremont et de La Roquepertuse, dont la statuaire allie le réalisme gaulois et des thèmes iconographiques d’inspiration classique. De même, les rites du culte d’Apollon gaulois, qui comporte des usages spécifiquement grecs comme celui de l’incubation dans le sanctuaire, qui doit apporter la révélation du remède au mal, et la prophétie par incubation, ont certainement pénétré en Gaule aux IIIème et IIème siècles avant JC à partir de la Provence hellénisée.

     L'assimilation n'est pas non plus uniforme, elle est plus marquée dans les villes et le long des voies de communication, plus sensible dans les classes cultivées, elle fut à peu près nulle dans les campagnes. On remarque même que les tendances indigènes reprennent des forces à partir de la fin du IIème siècle et au IIIème siècle, comme si après le moment de curiosité passé, les traditions reprenaient le pas. Les Gaulois ont collaboré avec l'occupant mais ils ne se sont jamais convertis en matière religieuse. Pour cela, il faudra attendre l'avènement du christianisme.
 

Résumé : Les Gaulois pendant l'indépendance avaient déjà subi une certaine hellénisation (pénétration de la civilisation grecque). Après la conquête de la Gaule par les Romains, il y a un rapprochement entre la religion celtique et la religion romaine. Les Romains essaient de trouver des correspondances entre les dieux gaulois et les leurs. En même temps, les Gaulois font la même démarche et donnent des noms de dieux latins à certains de leurs dieux, ils commencent aussi à les représenter sous forme de statues imitées de l'art gréco-romain (classique). Toutefois, cette assimilation gauloise est très superficielle, les noms des dieux ont changé, mais pas les dieux eux-mêmes. D'autre part, certains dieux, typiquement celtiques, demeurent et ne sont pas touchés par la romanisation. Aux IIème et IIIème siècles, il y a même un retour des dieux indigènes, preuve que les dieux romains n'ont pas vraiment séduit les Gaulois qui restent attachés, surtout dans les campagnes, à leurs dieux ancestraux.

La religion gallo-romaine
En quoi la conquête de la Gaule par les Romains a-t-elle changé la religion des Gaulois?

Les G A U L O I S - 14 pages L'histoire des Celtes La religion des Gaulois La religion gallo-romaine La mythologie
L'art celte L'art gallo-romain La femme gauloise Les langues celtes Sacrifices humains