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La mythologie gauloise, le chaudron de Gundestrup

Plan de la page :
De la difficulté à reconstituer la mythologie gauloise
Le mythe gaulois
L’interprétation du mythe 
Le chaudron de Gundestrup
Description et interprétation des scènes du chaudron de Gundestrup
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De la difficulté à reconstituer la mythologie gauloise :
     Les noms des dieux gaulois sont parvenus jusqu’à nous mais qui sont réellement les dieux qui se cachent sous ces appellations ? Il est bien difficile de mettre une image derrière les noms de Toutatès, de Bélénos, d’Esus… et encore plus de les intégrer à des mythes. A la différence des Grecs et des Romains, les Celtes n’ont pas humanisé leurs dieux : ils ne les ont pas représentés sous forme humaine avec leurs caractères personnels, n’ont pas construit une généalogie comme celle d’Hésiode. Les dieux gaulois ne seront figurés qu’après la conquête et le plus souvent sous l’aspect de leur équivalent romain auquel ils ont été assimilés; nous sommes en présence d’une religion en grande partie aniconique (sans image). Ainsi, nous ne connaissons Taranis que sous les traits de Jupiter.
     Est-ce à dire que les Gaulois n’avaient pas de mythologie ? Certes non, les Gaulois avaient bien une mythologie mais elle ne nous est pas parvenue car elle n’a jamais été écrite. Les
druides, pour ne pas révéler leur savoir, le faisait apprendre par cœur à leurs élèves. La mythologie se transmettait donc par voie orale. Au moment de la conquête, on sait avec quel acharnement les Romains ont chassé les druides. Avec la disparition des dépositaires des mythes, du savoir, la mythologie s’est évanouie. Ainsi, il nous reste peu de choses pour tenter de retrouver les mythes gaulois. Par exemple, pour Esus, nous disposons de deux  représentations similaires (le dieu en train d’élaguer un arbre), l’une sur un pilier gallo-romain de Lutèce et l’autre sur un bas-relief de Trèves. Est-ce suffisant pour expliquer le mythe qui se rattache à cette scène ? Les textes anciens ne nous renseignent pas plus, Lucain associe les dieux Esus, Taranis et Teutatès en une triade sanguinaire (demandant des sacrifices humains). La valeur historique de cette affirmation a été très discutée, n’y a-t-il pas d’autres dieux gaulois demandeurs de tels sacrifices ? De même, nous ne connaissons le nom du dieu, protecteur de la nature, que par une seule inscription, gravée au-dessus de sa représentation, sur le pilier des Nautes à Paris, et encore la première lettre du mot manque (C)ernunnos. On retrouve l ‘image ce dieu « aux bois de cerf » sur le célèbre chaudron de Gundestrup qui est devenu un témoignage unique pour comprendre la mythologie celte. Cette pièce exceptionnelle a suscité de nombreuses études et autant de controverses. En comparant le chaudron de Gundestrup, le pilier des Nautes de Paris, la triade de Saintes et le pilier de Mavilly, on a pu restituer un cycle mythologique gaulois qui semble cohérent.

 Le mythe gaulois : les principaux acteurs du mythe


La déesse-mère

Taranis

Cernunnos

Esus

Les trois grues

Le personnage principal : la grande déesse-mère.
Elle épouse  le dieu du ciel, Taranis, qui a des chiens redoutables.
Esus est devenu, à la fin de l’hiver, l’amant de la déesse-mère. Cette dernière a quitté Taranis et ses chiens redoutables pour rejoindre Esus sous la terre.
Esus, le dieu de la terre, apparaît, suivant les saisons :
   - tantôt sous une forme humaine et sous le nom
d’Esus, il est alors le dieu de la végétation et l’époux printanier de la déesse-mère
   - tantôt sous la forme d’un monstre hybride, moitié homme moitié cerf,
Cernunnos, il est alors le dieu des enfers, des morts et de la richesse (on peut faire ici une certaine analogie avec le mythe grec de Déméter, Koré et Hadès).
.  Encouragé et soutenu par la déesse-mère, le compagnon et protecteur d’Esus, le héros Smertrius, qui a été assimilé à l’Hercule romain, tue le molosse de Taranis (suivant un mythe qui rappelle le triomphe d’Héraclès sur le lion de Némée ou sur Cerbère).
.  Pour se venger, le dieu du ciel Taranis envoie un autre chien contre la déesse-mère et la transforme, elle et ses deux acolytes, en trois grues.
.  Les trois grues retrouvent la forme humaine grâce à Hercule-Smertrius qui sacrifie, pour assurer leur nouvelle métamorphose, les trois taureaux divins découverts par les Dioscures avec l’assistance d’Apollon.
.  Smertrius permet également à Cernunnos, par le sacrifice d’un cerf, de revenir sous la forme humaine afin de retrouver la déesse-mère et de l’épouser.

L’interprétation du mythe et ses survivances :

     Il s’agit là d’un cycle mythologique qui commandait les fêtes saisonnières, chacun des épisodes étant célébré à date fixe par des cérémonies religieuses. Chacune de ces fêtes calendaires correspondait à un épisode de la légende.

     Ainsi, la célébration de la descente de la déesse-mère et de ses compagnons aux enfers trouve son prolongement dans des usages locaux du réveillon de Noël, comme la « nuit des Mères » célébrée en Rhénanie au cours du haut Moyen Age (la famille passait la nuit en réjouissances; autour de la table de festin étaient ménagées trois places destinées aux mères pour qu’elles s’y asseyent et prennent part au festin).

     D’autre part, le sacrifice du cerf et le retour d’Esus sur la terre (la renaissance d’Esus) étaient célébrés par des mascarades et des danses, qui se sont d’ailleurs perpétuées jusqu’à nos jours dans les fêtes du carnaval : hommes et femmes se déguisaient en taureaux et en génisses, ou en biches et en cerfs, et se livraient à des danses plus ou moins lascives pendant des jours entiers (ce que pourraient représenter les statuettes de Neuvy-en-Sullias).

     L’hiérogamie (l’union entre deux divinités) d’Esus, succédant au sacrifice des taureaux et figurant sur le pilier des Nautes de Paris trouve son correspondant inattendu dans les festivités, encore vivantes au début du XXe siècle, de la mi-carême parisienne, avec sa cavalcade, son bœuf gras et sa reine des reines.

     Ce mythe permet d’expliquer un grand nombre de figurations religieuses gauloises et gallo-romaines, il permet de retrouver la continuité du fonds celtique, car certaines représentations datant du premier âge du fer (Hallstatt) et du deuxième âge du fer (La Tène) se rapportent manifestement aux mêmes rites et aux mêmes usages: sacrifices de cerfs, représentés sur des situles hallstattiennes (seaux en bronze) d’Italie du Nord; sacrifices de taureaux figurant sur des vases gravés de la zone hallstattienne; rassemblements armés en l’honneur d’une grande déesse représentés sur le chariot de Strettweg (Carinthie); gravures du Val Camonica représentant Cernunnos. Tous ces éléments prouvent que les bases mêmes de la religion gauloise existaient dans le monde hallstattien et dans le monde de La Tène, bien avant l’époque gallo-romaine.

Le chaudron de Gundestrup

     On a cru longtemps que ce chaudron provenait de la Gaule, mais il s'avère aujourd'hui qu'il aurait été fabriqué dans un atelier de l'Europe celtique orientale, peut-être en Hongrie, au Ier siècle av JC. On pense que ce chaudron était un trophée de guerre ramené au Danemark et jeté, à titre d'offrande, dans la tourbière où on l'a retrouvé. Formé de plaques d'argent repoussé, il illustre en un fourmillement d'hommes, de bêtes, d'êtres fabuleux, une histoire dont le sens demeure énigmatique. Le chaudron, de 70 cm de diamètre, est formé de plaques d'argent repoussé.

 

Cernunnos, le dieu aux bois de cerf, protecteur des forces de la nature, assis en tailleur, tient le serpent à tête de bélier dans une main, le torque (collier religieux) dans l'autre. Il est entouré, à gauche, d'un cerf et d'un taureau, à droite, d'animaux symboliques divers : dauphin chevauché par un homme, lions affrontés...

Au centre, le dieu Taranis, avec son attribut, la roue. A sa droite, un guerrier au  casque cornu, il s'agit peut-être du vaillant Cuchulainn, héros du vieux monde celtique. Tout autour, des animaux fantastiques.

Description et interprétation des scènes du chaudron de Gundestrup
(selon l’encyclopédie Quillet)

« Les représentations sur les plaques du chaudron de Gundestrup expriment symboliquement, avec un détail particulier, les mythes de la cérémonie pour laquelle le vaisseau d’argent était destiné. On sait que le chaudron est l’instrument principal de la cuisine des Celtes qui, sauf exception, font bouillir la viande et fabriquent la bière. Les documents littéraires irlandais mentionnent les chaudrons de Dagde, de Goibniou et, dans le pays de Galles, Branwu possédait un chaudron régénérateur. La décoration tout entière du vase d’argent de Gundestrup est en rapport étroit avec son usage religieux, sacrificiel. Dans le fond est figuré un sacrifice, le pourtour répète le sacrifice et développe le mythe de la naissance du dieu; à l’extérieur sont représentés les conditions du sacrifice, le temps, le cycle des saisons et des fêtes qui leur correspondent.
Les dieux du chaudron sont les dieux des fêtes, dont le rite principal est un sacrifice qui a pour objet d’assurer les plus belles récoltes, le croît du bétail, la naissance de beaux enfants. A l’occasion de ces cérémonies, s’ouvre encore le monde des morts. Sur le vase apparaissent le carnassier androphage
(voir le monstre androphage de Vienne-en-Val), la Chienne-louve mangeuse d’hommes de l’Océan, représentations de l’autre monde et aussi de la mer. César parle de sacrifices humains à l’occasion de ces fêtes. Plus il y a de victimes, plus il est possible de sortir d’âmes de l’autre monde, La mort est le moyen d’échanger une certaine quantité de vies contre des vies nouvelles. Sur le vase de Gundestrup, trois victimes sont figurées: l’homme, le taureau et le cerf, dont le sacrifice ne paraît pas, mais qui sont représentés dans une attitude sacrificielle. Les scholies bernoises de Lucain expliquent la nature des sacrifices humains sur l’une des plaques du chaudron: c’est un sacrifice à Teutatès, au cours duquel la victime était noyée dans un demi-tonneau où elle était plongée la tête la première, rite également pratiqué en Irlande (Mais cette scène pourrait aussi signifier un autre rite religieux, une sorte de baptême).

     Ces récits donnent l’interprétation de la cérémonie qui est un sacrifice de résurrection. De même le sacrifice à Taranis, annuel celui-ci et au cours duquel les victimes étaient brûlées, est une offrande de fêtes, où plus il y avait de victimes, plus la moisson devait être bonne. A Esus, on offrait des hommes que l’on pendait aux arbres. Il n’y a pas cependant que des victimes humaines parmi les offrandes, et le vase de Gundestrup fait assister à l’immolation d’un taureau qui est une victime de choix. Le chaudron a encore été utilisé, comme l’a prouvé Henri Hubert, pour un sacrifice végétal, le sacrifice des grains utilisés dans la fabrication de la bière. Le vaisseau a servi à faire la bière rituelle, la boisson qui procure l’extase bachique, dans un culte qui avait pour objet les prémices de la moisson. Dans les rites qui se déroulaient à l’occasion des fêtes, le sacrifice se manifeste encore sous d’autres formes, jeux, courses, où le vainqueur est une victime qui meurt ».

Sources : Encyclopédies Universalis et Quillet, la revue L’Histoire, le Courrier de l'UNESCO.

La mythologie gauloise, le chaudron de Gundestrup

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