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Le grand cairn de Barnenez (page complémentaire) : les allées couvertes de L'Ile Grande et de Prajou-Menhir

    Les allées couvertes sont, comme le cairn de Barnenez, des monuments funéraires à inhumation collective, on pouvait y enterrer toute une tribu ou un village, elles ont été, pour une grande majorité, construites au néolithique final et au Chalcolithique (elles sont donc plus récentes que le cairn et les dolmens à couloir).
     Elles se composent généralement d'une galerie unique allongée, aux parois parallèles (orthostats) supportant une série de dalles en couvertures (tables). La chambre sépulcrale a la même largeur que le couloir, ce qui n'est pas le cas dans un dolmen. De plus, les allées couvertes présentent une hauteur quasi-constante sur toute leur longueur, contrairement aux dolmens dits « à couloir » qui montrent un décrochage plus important entre le chevet (murette ou dalle verticale du fond) élevé et l'entrée du couloir plus basse.

Les allées couvertes de l'Ile Grande et de Prajou-Menhir faisaient partie d'un ensemble mégalithique qui, malgré les destructions , reste très important. Cet ensemble comprend : les allées couvertes de l'Ile Grande, de Prajou-Menhir et Kerivon-la-Mer (Pleumeur-Bodou), de l'Ile Milliau et Kerellec (Trébeurden), la sépulture à entrée latérale de Kerguntuil (Trégastel) et de nombreux menhirs, notamment ceux de Saint-Duzec (Pleumeur-Bodou), de Bologne et Porz Toenno (Trébeurden)."

L'allée couverte de l'Ile Grande (commune de Pleumeur-Bodou) nommée soit TY-LIA {Maison de Pierre), soit TY-AR-C'HORNAN- DENED, au lieu dit PARK-AR-LIA (Champ de la Pierre).
Ce monument a été l'objet de fouilles en 1866, en 1868, en 1909, en 1910.

Le monument mesure 9 mètres de long et 2 m de largeur, il est orienté vers l'est et a pour caractéristique de comporter une double rangée de piliers parallèles. Les 10 piliers internes soutiennent deux grandes dalles, les piliers externes pourraient avoir eu pour fonction de supporter le tertre, aujourd'hui disparu.

Dans le Bulletin de la Société préhistorique française, Année 1918, Volume 15, Numéro 10 p. 540 - 546, Etienne PATTE (Chantilly) décrit le monument lors de la fouille de 1910.

"Son architecture est digne de remarque ; l'allée couverte proprement dite est en effet bordée, le long de trois de ses côtés, par une ligne discontinue de neuf blocs dressés, comparables aux piliers, formant une sorte d'enceinte (on peut rattacher à ces neuf blocs un dixième (n), haut seulement de 0m20, situé au Nord, devant l'entrée). Le monument, ouvert du côté Est, à son entrée rétrécie par une pierre droite (M), haute de lm30, située sous la couverture, mais qui n'est pas un pilier [il faut d'ailleurs remarquer que plusieurs piliers du monument n'aident pas à supporter la couverture]. Une pierre, qui était posée à plat et ne dépassait pas le niveau du sol, formait dalle d'entrée. Il y avait des cales au pied de chaque pilier. Six seulement de ceux-ci servant à supporter les tables dont les points de contact sont marqués sur le plan, la table ouest a par sa pression ou plutôt par sa chute lors de la construction détaché un large éclat du pilier F et ne recouvre pas le monument qui s'est ainsi découvert. Tous les blocs sont en granite.
Les blocs plantés autour du monument pouvaient servir ou à retenir les terres du tumulus, ou, s'il n'y avait pas de véritable tumulus, à former avec de la terre un mur plus épais et plus étanche (dans cette dernière hypothèse, il faudrait admettre la disparition de plusieurs blocs). Une signification rituelle pourrait bien aussi ne pas être étrangère à cette construction ! "

La conclusion de la fouille par Etienne PATTE :

" En résumé, nous devons remarquer dans ce mégalithe son plan spécial ; dans son mobilier l'absence d'ossements, naturelle dans un terrain granitique ; la rareté et la pauvreté des silex plus abondants au point où la poterie est rare ; l'abondance de fragments peut-être intentionnels et dépareillés de poteries, nombreuses surtout près du fond en la partie la plus creusée ; la variété des pâtes très souvent lustrées, grossières et fines ; la constance du motif ornemental classique du mégalithique breton appliqué à des poteries de pâte fine ; la présence de trois cristaux de quartz et d'un petit disque en bronze non daté. On a trouvé, en 1868, comme je l'ai écrit plus haut, quatre haches polies, de la poterie noire et du métal.
La finesse de certaines poteries en grande partie lustrées semble indiquer la fin du Néolithique ou l'Enéolithique (vases caliciformes et ornements) ; mais on ne voit pas trace de vases biconiques à quatre anses, caractéristiques des Ages du Bronze I et II en Bretagne.
"

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Photos 09/2009


L'allée couverte de Prajou-Menhir ("les prairies des longues pierres"), commune de Trébeurden.
Contrairement à l'allée couverte de l'Ile Grande, l'allée couverte de Prajou-Menhir est composée de deux parties séparées par une dalle 
septale.

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Photos 09/2009

Le monument a été fouillé en 1965 par J. L'Helgouach. La source principale du texte et des schémas qui suivent proviennent de :
"Fouilles de l'allée couverte de Prajou-Menhir en Trébeurden (Côtes-du-Nord) PAR J. L'HELGOUACH"
Bulletin de la Société préhistorique française, Année 1966, Volume 63, Numéro 2 p. 311 - 342
(tout le texte en italique est extrait de cet ouvrage)

Etat du monument avant les fouilles.

Description sommaire (cf. L'Helgouach, 1957).
L'allée est orientée à 105° avec entrée à l'Est. Une première partie, d'environ 12 mètres de long, est limitée par des supports en deux rangées à peu près parallèles ; les pierres des parois sont verticales ou légèrement inclinées vers l'intérieur, sauf deux supports de la rangée sud effondrés dans l'allée. La largeur interne est de 2 mètres environ. L'extrémité orientale de cette chambre est fermée par une dalle de chevet. La couverture est faite de trois grandes dalles ; la première semble à sa place mais elle a été partiellement débitée, côté ouest, par des carriers, et il subsiste les traces des coins. La seconde dalle est inclinée vers le Sud, car elle a suivi le mouvement d'effondrement des deux piliers de la paroi sud. La troisième dalle, par contre, est brisée presque en son milieu, et les deux morceaux sont tombés à l'intérieur. Entre cette dalle brisée et la dalle de chevet se trouve la place d'une quatrième dalle, dont les fragments n'étaient pas visibles avant la fouille.
La deuxième partie du monument, derrière la dalle de chevet, forme la cellule terminale. Ses parois latérales sont approximativement dans l'alignement de celles de la grande chambre ; deux dalles la couvrent. Le talus, large de 3 mètres, au profil rendu irrégulier par les terriers, mais encore haut de 1 mètre environ, venait se superposer à la seconde dalle qui paraissait être effondrée. Les pierres de la paroi nord étaient fortement inclinées vers l'intérieur. A 14 m à l'Est de l'entrée, dans l'alignement de la paroi nord, contre le talus, se trouve un menhir, dépassant de 1,40 m le niveau du champ. Cette pierre a donné son nom au site."

Etat du monument après les travaux de restauration et de consolidation qui ont suivi la fouille :

"Il ne s'agissait nullement de restituer au monument son allure d'origine, car trop de détails nous manquent, mais de le stabiliser dans un état plus proche de l'original que celui dans lequel nous l'avons trouvé. Ainsi aucune pierre n'a été déplacée du pied. On s'est toujours contenté de les redresser dans un sens ou dans l'autre. Ainsi AS 6 et AS 7 qui étaient inclinées à 45° dans l'allée ont été relevées, non pas en position verticale, mais légèrement inclinées vers l'extérieur pour suivre l'inclinaison générale de AS 3 et AS 4. AS 5 a été légèrement redressée. AN 2 a été redressée également mais comme elle est cassée, un faux pilier a été placé derrière pour soutenir le coin de T 1. AN 7 et AN 8 ont été redressés car ils penchaient légèrement vers l'extérieur. Un remplissage de terre de 40 à 50 cm d'épaisseur a été introduit dans la chambre principale pour consolider l'ensemble. Dans la cellule, CN 3 a été redressé assez considérablement. CS 1 a été ramené en position verticale. CN 2, trop courte pour supporter la dalle de couverture, a été déposée et mise à l'abri au Château de la Roche- Jagu (Ploëzal, C.-d.-N.). CN 1 a été replacée de façon à supporter la dalle de couverture T 6. La cellule a été entièrement rebouchée de terre afin de protéger les gravures. Cette mesure est rendue indispensable pour prévenir le vandalisme, et aussi l'érosion des décors par le jeu des éléments atmosphériques naturels. La dalle T 2 a été redressée. Les deux morceaux de T 3 ont été placés l'un à la suite de T 2, l'autre contre la dalle septale. Une dalle de granite amenée a été mise entre ces deux morceaux pour combler le vide. Les deux dalles de couverture de la cellule ont été réajustées au mieux."
Ci-contre, plan général après la fouille.

A quatorze mètres de l'entrée de l’allée se dresse un menhir de 2,20 m (1,40 m hors du sol) qui aurait pu servir de guide de visée vers le soleil levant, à partir de l’entrée de l’allée couverte qui est orientée est-ouest.
.A trois mètres de la paroi sud, a été mise au jour une énorme dalle de 2 mètres de long et 1 mètre de large, orientée E.-W. Il semble bien que cette grosse pierre ait été dressée et qu'elle constitue l'ultime vestige d'un entourage mégalithique très important semblable à l'entourage de l'allée de l'Ile Grande.


Reconstitution isométrique schématisée. L'entourage du tertre n'a été qu'ébauché et la hauteur du tertre a été limité à la hauteur actuelle

Les sculptures :

"Trois pierres des parois latérales de la chambre principale portent un même signe sculpté. Il s'agit d'une protubérance unique, mise en relief par un évidement semi-circulaire ou en croissant au-dessus du motif. La fonction ou la signification de ces protubérances nous échappe. On retrouve ces mamelons uniques à Kerguntuil (Trégastel.) et G. Bailloud."

Quatre pierres de la cellule terminale portent des motifs gravés ou sculptés. Cette chambre aurait pu servir de sanctuaire compte tenu de la concentration du décor.

"Une pierre (CS2) montre deux paires de mamelons juxtaposés, les deux de gauche étant plus petits que la paire de droite. Ces mamelons sont mis en relief par un évidement oval tout autour d'eux. Ce motif, considéré comme une double paire de seins, possède deux parallèles dans la chambrette terminale de l'allée couverte du Bois du Mesnil (Tressé, I.-et-V.), un cartouche identique y est gravé sur la dalle septale et un autre sur la dalle ouest."

"Un pilier (CN2) porte un motif gravé. C'est un trait assez profond, de 15 mm de large qui marque le tracé de ce motif. Il représente un carré approximatif de 420 mm de côté. Ses côtés sont à peu près rectilignes, sauf celui du haut qui est concave. Les coins sont arrondis et l'angle supérieur droit montre une excroissance très nette. Du milieu du côté supérieur part une équerre qui tourne vers la droite. L'intérieur du carré est bordé de cupules de 15 mm de diamètre en moyenne. Deux autres cupules, espacées de 100 mm, sont placées symétriquement par rapport à la base de l'équerre, à 70 mm du côté supérieur du carré. Ce motif est considéré comme la schématisation de l'idole néolithique, les deux cupules internes sont les seins, les épaulements sont bien marqués, ainsi que le cou vertical et la « tête » tournée à 90°. Un motif quelque peu semblable a été publié dans le Corpus (Péquart et Le Rouzic, 1927, planche 21) pour une dalle du dolmen de Butten-er-Hah (Ile de Groix, Morbihan) ; et l'excroissance centrale mise à part on peut faire aussi la comparaison avec l'une des idoles du dolmen de l'Ile Longue (Larmor-Baden, Morbihan) (Péquart et Le Rouzic, 1927, planche 60)."

"Deux motifs différents sont sculptés et gravés sur une dalle (CN3). En haut et à gauche, une paire de mamelons sous lesquels est sculpté un « collier » ; ces figurations sont mises en relief par le bouchardage de la pierre tout autour. A droite et en bas de cette idole est figurée une pointe de lance à lame à bords à peu près parallèles avec lobes de chaque côté du départ de la soie qui est longue. Le bout de la lame n'est pas pointu mais aplati. Une cupule est creusée à la base de la lame. Cette « arme » a 700 mm de longueur totale : 270 mm pour la soie et 470 pour la lame (lobes compris) ; la largeur de la lame est : 140 mm à la base et 100 mm en haut. Ce qui est intéressant sur cette pierre c'est le rapport entre l'idole et la lance. Cette association et cette disposition ne sont pas fortuites. On retrouve exactement les mêmes faits sur une pierre de l'allée couverte de Mougau-Bian (Commana, Finistère) (L'Helgouach, 1965)."

Le vaste panneau gravé sur la dalle septale

"II y a dans cette composition deux pointes de lance comme celle de CN 3 : leur forme est sensiblement identique mais elles sont un peu plus longues (900 mm) et la lame droite a des bords non parallèles. A gauche de chaque lance il y a une idole carrée comme l'idole de CN 2, mais l'appendice supérieur est différent : celui de l'idole gauche est une simple pointe, tandis que celui de l'idole droite, beaucoup plus difficile à déchiffrer, comporte une crosse. Les côtés des carrés ont environ 500 mm ; ils sont bordés de cupules internes. Les épaulements de chaque carré sont bien marqués. Le carré avec appendice étant considéré comme une idole, nous retrouvons sur cette figuration : a) la disposition gauche-droite de l'idole et de la lance ; b) la juxtaposition de deux idoles sur un panneau, comme dans le cartouche de CS 2."

"L'importance des gravures et sculptures de l'allée couverte de Prajou-Menhir est considérable. Il s'agit là d'un ensemble unique par la juxtaposition de plusieurs motifs et par la variété des détails qui apparaissent sur chaque panneau. Les quatre pierres gravées forment un tout dont aucun élément ne peut être compris sans avoir recours aux décors voisins... On tend à assimiler à la figuration de la grande Déesse Néolithique les paires de mamelons de quelques monuments mégalithiques armoricains... Les trois idoles carrées de Prajou-Menhir sont, jusqu'à ce jour, les seules figurations de ce style dans les allées couvertes armoricaines. On connaît plusieurs motifs assez comparables dans les dolmens à couloir..."

Les fouilles de 1965 ont permis de retrouver deux bouteilles à collerette qui faisaient partie du dépôt funéraire d'origine. Elles attestent une relation avec la Mer du Nord et sont caractéristiques du néolithique final. L'ensemble des tessons de poterie retrouvés appartient à la civilisation de Seine-Oise-Marne. Des haches polies ont été également retrouvées.

Datation :

L'absence de charbons n'a pas permis une datation au radiocarbone, mais compte tenu du mobilier retrouvé, on peut dire que cette sépulture remonte à environ 2100 avant Jésus-Christ.

Conclusion :

"Le monument mégalithique de Prajou-Menhir est un exemple caractéristique des allées couvertes de type armoricain. Son orientation à l'Est est normale pour ce groupe d'allées couvertes. Son vestibule évasé et le passage triangulaire qui conduisent à une vaste chambre principale sont des structures que l'on rencontre fréquemment sur les allées couvertes bien conservées. De même la présence d'une cellule terminale est un trait particulier de bon nombre d'allées couvertes armoricaines (L'Helgouach, 1965)."
"L'importance de l'allée couverte de Prajou-Menhir tient : a) à son architecture caractéristique des allées couvertes armoricaines à vestibule et cellule terminale ; b) à son mobilier néolithique final où les bouteilles à collerette dénotent l'influence des groupes nordiques ; c) à son art pariétal qui, lui, montre des relations avec les religions et civilisations de la Méditerranée orientale mais accuse aussi le décalage culturel entre ces régions méditerranéennes et nos régions atlantiques."

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