Solon
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SOLON (vers 640 av. J.-C. - après 561 av. J.-C.)


Buste de Solon - Musée National de Naples

Homme d'état et poète athénien. Né à Athènes dans une famille eupatride, il écrivit des poèmes élégiaques et iambiques pour faire connaître et justifier les mesures politiques qu'il avait prises. Pour les historiens grecs postérieurs, ses poèmes étaient la principale source d'informations sur la crise économique et sociale à laquelle il tenta de remédier. Ayant acquis à Athènes la réputation de bon conseiller lors de la guerre contre Mégare pour la possession de Salamine, il fut élu archonte en 594-593. Athènes était alors au bord de la guerre civile, en grande partie en raison d'un système agraire qui enrichissait les propriétaires fonciers et réduisait les pauvres à la misère, et parfois même à l'esclavage. Les réformes de Solon, pleines de sagesse et d'humanité, n'empêchèrent pas l'introduction d'une tyrannie (voir Pisistrate), mais elles la retardèrent, et l'on peut penser qu'elles ont produit le cadre constitutionnel qui facilita plus tard le passage à la démocratie. Dans beaucoup de sociétés archaïques, et notamment à Athènes, vendre un homme comme esclave si la vente de ses biens n'avait pas suffi à couvrir ses dettes était une pratique admise. De nombreux Athéniens, incapables de rembourser leurs dettes, avaient de la sorte été vendus comme esclaves en dehors des frontières de l'Attique, ou avaient été contraints de s'enfuir pour éviter ce sort ; ou encore ils étaient demeurés en Attique asservis à leurs créanciers : ces gens sont peut-être ceux qu'on appelle « hectémores », «sizeniers», mot difficile à interpréter, et qui signifie peut-être qu'ils devaient livrer à leur créancier le sixième de leur production (hektos signifie « sixième»). Les deux principales mesures prises par Solon pour soulager la misère des paysans sont la suppression de toutes les dettes garanties sur la terre ou la liberté; c'est ce qu'on appelle la seisachtheia, «libération des dettes» (de seiô, secouer, et achthos, «fardeau»); et l'interdiction, à l'avenir, de toute créance garantie sur la personne du débiteur. Cependant il ne procéda pas à une redistribution des terres, comme l'avaient espéré certains des citoyens les plus pauvres, et on le lui reprocha. On lui attribue, peut-être à tort, d'autres réformes économiques : l'introduction d'un système proprement attique de monnaies, de poids et de mesures, l'interdiction d'exporter aucune production agricole excepté les olives (il obligeait ainsi les riches propriétaires à réserver à la consommation intérieure de l'Attique le surplus de leur production de blé, qu'auparavant ils vendaient à l'étranger), et l'octroi du droit de cité à des artisans étrangers, afin de renforcer l'artisanat. Solon introduisit aussi un code de lois moins sévère : il abolit toutes les lois de Dracon, excepté les lois sur l'homicide. Sa grande réforme institutionnelle consista à établir, pour la participation à la vie politique, une hiérarchie fondée non plus sur la naissance mais sur la richesse : il brisait ainsi le monopole héréditaire du pouvoir que détenaient les Eupatrides (le nombre des hommes en droit de briguer les plus hautes magistratures fut considérablement augmenté, peut-être doublé). Désormais les neuf archontes seraient élus parmi les citoyens les plus riches, qu'ils soient ou non de naissance noble ; les citoyens appartenant aux classes intermédiaires détiendraient des charges moins importantes ; les citoyens de la dernière classe, les plus pauvres, se borneraient à voter à l'assemblée, dont il faisait aussi une cour d'appel pour les décisions des magistrats. Les membres des quatre classes soloniennes sont appelés (enordre descendant) pentakosiomedim-noi, «pentacosiomédimnes», ceux dont le revenu annuel, en mesures de blé, n'est pas inférieur à 500 médimnes ; les hippeis, « cavaliers » (voir chevaux) ; les zeugitai, «zeugites», assez riches pour entretenir un attelage (zugon, «joug») de bœufs, classe qui est celle des hoplites ; enfin les thêtes, « thètes », ouvriers agricoles libres mais dépourvus de terres. Après leur année de charge, les archontes entraient à l'Aréopage ; en sorte que la composition de ce conseil, jusque-là exclusivement eupatride, allait peu à peu se modifier. Solon institua un second conseil, une boulé de 400 membres, 100 pour chacune des quatre tribus, tous élus annuellement. Selon Plutarque, la boulé du temps de Solon était une assemblée délibérative qui examinait les questions en cours avant qu'elles fussent soumises à l'assemblée du peuple qui en décidait. Enfin Solon modifia les fonctions de l'assemblée, mais la portée du changement nous échappe.
Certains écrivains postérieurs racontent qu'après avoir institué ces réformes Solon voyagea pendant dix ans à l'étranger, notamment à Chypre et en Egypte (mais il est chronologiquement à peu près impossible qu'il ait rencontré Crésus en Lydie, comme le veut la légende). À son retour à Athènes, il trouva la cité déchirée par les luttes civiles et il vécut assez pour voir Pisistrate se faire voter une garde du corps, premier pas vers la tyrannie.
C'est en vers que Solon exprime ses idées et les raisons qui fondent ses réformes. Son éloge poétique de l'Eunomia, du «bon ordre», concerne l'idée de justice tout autant que ses applications pratiques. Dans une réponse célèbre au poète Mimnerme, qui voulait mourir à l'âge de soixante ans, Solon déclara qu'il valait mieux, pour le poète, mourir à quatre-vingts ans. Il faut sans doute, pour comprendre cette réponse, évoquer un autre vers célèbre, par lequel Solon affirme que, même en vieillissant, il continue d'apprendre, gêraskô d'aiei polla didaskomenos.

Source : Dictionnaire de l'Antiquité sous la direction de M.C. Howatson - Bouquins


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