1687. BATAILLE DE PATRAS. P 115 - 116

"... Enfin, on fut prêt et on aborda près de Patras, le 23 juillet, pour livrer une bataille qui décida du sort des dernières villes fortifiées au nord de la Morée. Comme une traînée de poudre qui s'enflamme, la panique causée par cette mémorable victoire courut sur toute la côte, dispersa les troupes turques et ouvrit les portes des plus fortes places. Athènes, hors de portée cependant de si terribles coups, crut prudent de se mettre en mesure de bien recevoir l'ennemi. Les Turcs ne songeaient qu'à résister bravement; mais les Grecs, qui formaient la véritable population, envoyèrent au camp des Vénitiens des délégués porteurs de paroles de paix, de promesses de soumission et de contributions pécuniaires. Ces ouvertures pacifiques furent écoutées, mais les travaux de défense entrepris par la garnison empêchaient d'y donner suite; ces travaux furent déjà une calamité pour l'art, ils entraînèrent la ruine du charmant temple de la Victoire Aptère, élevé par les anciens sur une haute terrasse, à droite de l'ancien grand escalier et en avant des Propylées. Les Turcs savaient par leurs émissaires, ils avaient appris par les fuyards de la Morée que toutes les places attaquées par les Vénitiens l'avaient été sous le feu d'une artillerie formidable. Il s'agissait donc d'opposer, à ces moyens d'attaque, des moyens de défense plus puissants, il fallait fortifier l'Acropole à son entrée, c'est-à-dire à l'occident, et puisqu'on ne pouvait abaisser la colline du Musée qui la commande de ce côté, surélever les murs et dresser une nouvelle batterie capable de doubler celle qui défendait déjà les Propylées. Le massif sur lequel était construit le temple de la Victoire fut jugé propre à l'établissement de cette batterie, et on démolit le monument, dont les matériaux furent employés dans la construction des nouveaux murs. Ainsi s'explique comment Spon vit ce temple, en 1676, dans un état parfait de conservation, comment les architectes bavarois Hansen et Scbaubert le relevèrent en entier ' sans avoir à regretter un seul bloc de marbre, sans remarquer sur ses murs ou sur ses colonnes la trace d'un boulet ou d'une commotion violente, comment enfin fut trouvé intact le magasin qui est placé sous le temple, et dans lequel la poudre des Turcs était, dit-on, renfermée.